Sous Les Figues : Critique

Réalisateur : Erige Sehiri
Acteurs : Ameni Fdhili, Fide Fdhili, Feten Fdhili
Genre : Cinéma sociétal
Pays : Tunisie
Date de Sortie : Inconnue
QUINZAINE DES REALISATEURS

Synopsis : Au milieu des figuiers, pendant la récolte estivale, de jeunes femmes et hommes cultivent de nouveaux sentiments, se courtisent, tentent de se comprendre, nouent – et fuient – des relations plus profondes.

Cette année, La Quinzaine Des Réalisateurs aura été marquée par de nombreuses premières réalisations. Les découvertes furent abondantes et surprenantes. De Pamfir à El Agua, en passant Falcon Lake et The Dam, notre regard fut charmé, envoûté et si il y a bien un film qui nous aura totalement emporté, il s’agit bien de Sous Les Figues. Sans être un premier film à proprement parlé pour la cinéaste Erige Shiri, Sous Les Figues est le premier long-métrage de fiction de son auteure.
Auparavant, la cinéaste tunisienne a réalisé en 2018 un long-métrage documentaire, La Voie Normale, autour d’une ligne de chemin de fer, la seule du pays répondant aux normes internationales, mais également la plus délabrée.
Pour Sous Les Figues, nous ressentons le passé de documentariste de la cinéaste, une base sur laquelle elle trouve son élan pour nous proposer une déambulation au milieu des figuiers à la rencontre des travailleuses et travailleurs sur l’exploitation.

Au Travers Des Figuiers

L’été, en pleine récolte des figues, une poignée de vies et d’histoires se chamboulent tout au long d’une journée de travail.
Erige Sehiri met en place un dispositif atypique, se donnant pour enjeu de raconter un pays, ses hommes, ses femmes, ses joies et ses angoisses sur une courte journée de l’arrivée sur l’exploitation à leur départ, nous faisant partager le soleil, les fruits de la terre, les corps et les mots, tout comme leurs maux.

Sous Les Figues tient toute la Tunisienne rurale dans sa main,et bien plus. La proposition est une charmante exporation, qui nous glisse des indices au fur et à mesure des rencontres. Les corps parlent tout comme les vêtements, la nature accompagne nos regards, une science du détail et un amour de l’humain se dégage de cette merveille qui convoque le spectre de Kiarostami, et ses dispositifs singuliers, et nous rappelle Guillaume Brac, dans sa spontanéité. Dès les premiers temps de l’offrande que nous fait Sehiri nous nous trouvons séduits, emportés par cette magie à la singulière beauté, aura indescriptible. Elle saisit le miroitement qui donne à la vie toute sa splendeur.

Dans le cadre vous ne trouverez que les feuilles de figuiers et les visages, filmés avec une extraordinaire humilité évoquant les générations, les familles et les richesses. 
Le film réussit à calibrer un regard précis sur la place de la femme dans la société tunisienne, mais définissant également l’homme, nous portant d’un visage à l’autre, le dessin de la société toute entière.
Avec une maîtrise parfaite de ses personnages, la cinéaste nous ouvre de très nombreuses pistes. Le temps du film nous sommes transportés, nous partageons avec les protagonistes leurs secrets et leurs intimités.

L’Île Au Trésor

En filmant tous ces individus, un miroir du pays se crée, sans jamais nous montrer l’extérieur de ces hectares de figuiers, sans jamais nous montrer les villes et villages. Il est fascinant de partir dans ce jeu d’exploration, où nous apprenons les règles d’un plan à l’autre, pour ne finalement ne faire plus qu’un avec la proposition. Le jeu de piste auquel nous invite la réalisatrice est un didactisme solaire, ouvrant l’âme d’une dizaine d’individus en seulement 90 minutes, donnant l’impression de connaître les protagonistes, de les comprendre, l’art de la synthèse et la maîtrise du montage y est d’une pertinence rare.

Les acteurs, non professionnels, apportent un dynamisme très particulier, insufflant aux images une vie que nous oublions de plus en plus dans le cinéma moderne. Les dialogues sont instinctifs, et nous nous retrouvons à la lisière du documentaire, tout en restant solidement ancré dans la fiction.

Il Etait Une Fois En Tunisie

Sous Les Figues de Erige Sehiri est une proposition d’une tradition de cinéma qui se fait de plus en plus rare. Nous pensons à Abbas Kiarostami mais aussi Guillaume Brac, dans la manière de filmer l’humain dans sa simplicité, avec une honnêteté presque enfantine, et pourtant le film a son identité propre.
Il nous emporte dans une dimension qui n’appartient qu’à sa réalisatrice, nous donnant à voir à travers quelques regards, voix et vies, la construction sentimentale, sociale et sociétale d’un pays d’une sublime humanité.
Éblouissant.

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