Revoir Paris : Critique

Réalisatrice : Alice Winocour
Acteurs : Virginie Efira, Benoît Magimel, Grégoire Colin, Maya Sansa
Genre : Drame
Durée : 105 minutes
Pays : France
Date de sortie : 7 Septembre 2022

Synopsis : A Paris, Mia est prise dans un attentat dans une brasserie. Trois mois plus tard, alors qu’elle n’a toujours pas réussi à reprendre le cours de sa vie et qu’elle ne se rappelle de l’évènement que par bribes, Mia décide d’enquêter dans sa mémoire pour retrouver le chemin d’un bonheur possible.

En dehors de l’ingénieuse et minutieuse série En Thérapie, les terribles événements de Paris n’avaient jamais encore été racontés, auscultés par la fiction.
Pour la première fois en sept ans, le grand écran s’est tourné vers les terribles événements parisiens de la nuit du 13 novembre, et ce en deux temps, deux films, deux objets opposés dans leurs formes, dans leurs vues, revenant néanmoins sur un événement commun, les attentats.
Présenté cette année hors compétition au Festival De Cannes, nous aurons pu découvrir Novembre, nouveau film de Cédric Jimenez, réalisateur de Bac Nord, revenant sur l’équipe ayant pénétré le Bataclan pour libérer les survivants, mais également Revoir Paris, réalisé par Alice Winocour, scénariste de Mustang, que nous avions découvert il y a de cela quelques années derrière la caméra à travers deux portraits de femmes avec Proxima et Augustine, s’intéressant quant à lui au traumatisme des victimes ayant survécu.

Nous nous pencherons aujourd’hui sur le film d’Alice Winocour, interprété par Virginie Efira et Benoit Magimel, et porté, pour la première fois en tant que compositrice pour le cinéma, par la cérémonieuse et torturée composition de Anna Von Hausswolf.

Un Monstre à Paris

Paris, sa joie, sa vie, ses fêtes, ses bistrots. La vie fourmille dans la moindre artère, avenue, rue et impasse. Le labyrinthe des amours, de fêtes et des vies rayonne. 
La ville Lumière brille, ses habitants déambulent sur les Grands Boulevards, mangent dans leurs adresses qu’il gardent secrètes comme des reliques.

Il est bientôt 21h00 lorsque le premier coup de feu résonne dans le restaurant L’Etoile D’Or. Les corps tombent, s’entassent. Le silence est étourdissant, seules les balles déchirent nos tympans, dernier sifflement avant le vide. Les nappes d’orgue d’Anna Von Hausswolf prennent le contrôle de notre visage, nous glaçant, cristallisant notre boîte crânienne partant de la zone frontale jusqu’à la partie occipitale.
La terreur naît. Paris s’évanouit, Paris saigne, Paris est en deuil.

Au lendemain du drame, les survivants devront dépasser l’horreur, physiquement, mentalement et humainement, dépasser leur état de prisonnier traumatique des lieux, des images et des sons.

Alice Winocour installe son film sur des événements fictifs inspirés des attentats du 13 novembre. 
Elle suit Mia, interprétée par Virginie Efira, présente dans le restaurant attendant que la pluie cesse pour reprendre la route en moto.

Quelques mois après le drame, Mia n’a plus que quelques bribes de souvenirs de cette soirée, des fulgurances de sons éparses et de troubles images. Seule la cicatrice qui parcourt ses côtes est une certitude, une vérité, alors que son monde, intérieur comme extérieur, bascule remettant en cause sa personne, ses actes et ses relations.

Dead Zone

La cinéaste forge, autour des quelques minutes dans le restaurant précédant la fusillade, un film chorale, où les souvenirs des uns, croiseront la mémoire des autres jusqu’à reconstituer la réalité, dépasser le traumatisme afin de se reconstruire. 

C’est dans cette analyse traumatique que la finesse d’écriture de Winocour se déploie, elle dresse des portraits tout en détails, réussissant l’exploit de plonger dans les brèches psychologiques des personnages, faisant de chaque individu un cas spécifique qui ne trouvera la paix qu’après avoir suivi une exploration personnelle, et douloureuse, des événements survenus. 

Elle parvient à éveiller une mémoire collective pour panser les plaies, où les avancements vers la guérison des uns, permettent de débloquer le cheminement des autres. Une thérapie de groupe s’opère, à laquelle le film invite spectateur, celui qui a son insu souffre encore de ces obscures événements. 

Reste néanmoins une clôture qui nous laisse circonspect, où la victime dès lors qu’elle empruntera le chemin de la compréhension du trauma trouvera des réponses, des solutions. Il est surprenant de voir à quel point le personnage de Mia réussit à outrepasser toutes les difficultés pour reconstituer le puzzle de cette nuit infernale. Les impasses sont énoncées comme existantes, mais fatalement inexistantes afin de nourrir un récit, répondre aux attentes du spectateur d’une fin claire.
Dans l’architecture fascinante que Winocour mettait en place durant toute l’oeuvre, nous nous trouvons en définitive face à une énigme à la rigueur mathématiques où l’humain peut résoudre ses maux à la manière d’une équation.
Une fermeture de récit qui renvoie la proposition du statut de classique à celui de film notoire.

Paris Nous Appartient

En travaillant les liens entre les individus présents sur les lieux du massacre, le film développe l’intimité singulière qui se développe entre des individus qui dans la société n’auraient eu aucune situation les poussant à se croiser.

Les arrondissements, villages parisiens, baissent leurs remparts, les milieux sociaux n’ont plus lieu d’exister, l’humain se soutient et partage. Le film se meut dans une configuration verticale éblouissante, donnant un relief à l’œuvre particulier, nous questionnant sur notre rapport à l’inconnu et aux prisons sociales que nous créons.

Revoir Paris, Revoir Les Vies

Revoir Paris est d’une réjouissante humanité, où dans les ténèbres nous apprenons toujours à percevoir l’espoir, où nous guettons le « diamant dans le trauma ».
Alice Winocour présente une oeuvre à a structure complexe, allant à la rencontre du traumatisme, autopsiant l’horreur pour la dépasser. Elle dresse une proposition tentaculaire, qui dans son étendue, lui échappe dans son acte de clôture, coupant court les ramifications et donnant l’impression de trouver une équation exacte à la guérison.

Néanmoins Revoir Paris est une proposition poignante, difficile à regarder, qui rouvre la cicatrice pour nous plonger dans une nuit malade, où les éléments de récits rebondissent avec nos expériences personnelles, où le chemin de la libération se dévoile, nous guide. Une réussite.

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