Yuri, architecte divorcée, rend visite à son ancienne belle-sœur Yoriko, sculptrice installée dans le village de Nagi. Ce séjour, d’abord envisagé comme une simple parenthèse, prend une tournure inattendue lorsque Yuri accepte de poser pour elle. Au fil des séances, les silences se peuplent de souvenirs, et un lien profond, longtemps enfoui, ressurgit entre les deux femmes. Loin de l’agitation de Tokyo, Yuri se laisse gagner par la douceur du quotidien rural et la vie des habitants. Les jours passent, comme si quelque chose, ici, l’invitait à rester.

| Réalisateur : Koji Fukada |
| Acteurs : Takako Matsu, Ken’ichi Matsuyama, Shizuka Ishibashi |
| Pays : Japon, France, Singapour, Philippines |
| Durée : 110 minutes |
| Genre : Drame |
| Date de sortie : 2026 |
Koji Fukada fait partie de ces nouveaux cinéastes japonais, tout comme Ryusuke Hamaguchi, qui ont parcouru les festivals internationaux ces dernières années, ont raflé des prix et sont aujourd’hui observés par tous, afin de savoir si les essais seront définitivement transformés.
Dans le cas de Hamaguchi, il n’y a plus de doute à avoir, c’est un géant : Senses, Drive My Car, Le Mal N’Existe Pas.
Dans le cas de Fukada, c’est plus délicat, le cinéaste offre autant de belles réflexions que de formes maladroitement synthétiques.
Il joue souvent des apparats et oublie la matière, investit des motifs de cinéma puis s’arrête à la reproduction de formes.
Pourtant, à chaque Fukada, l’espoir renaît, celui de retrouver une œuvre à la hauteur de ses films passés, Sayonara, Harmonium ou encore Au Revoir L’été, et oublier L’Infirmière ou encore Love Life.
Trêve de suspense, ici, nous rejoignons la seconde catégorie de sa filmographie…
Doucereuses journées à Nagi
Dans la campagne nippone, Yoriko, artiste et célibataire, comme le rappelle constamment Fukada, se cloître dans son atelier.
Elle est sculptrice. Ses pièces percent certains mystères mutiques du profil des êtres qui passent devant son chevalet. De ces mystères, elle tente de dégrossir la glaise-geôle de ses propres secrets, ses chaos intimes.
Un jour, Yuri, son ex-belle-soeur, architecte de métier, lui rend visite.
Yoriko mène cette dernière au coeur de son atelier.
En quelques lignes, vous pouvez d’ores et déjà projeter une ébauche de récit.
Oui, vous aurez à peu de choses près les pensées de Fukada, sauf que lui se traîne le projet depuis neuf années sur le dos.
En démarrant sa narration en lui conférant les apparats d’un film-boudoir, le cinéaste japonais use des dialogues pour travailler sous forme de ricochets. Il appelle l’extérieur de l’atelier, attire des personnages périphériques, et fait évoluer son geste vers la forme d’un cinéma-écosystème. Il souhaite saisir la ville, ses habitants et leurs blessures enfouies.
Les ondes de la pierre lancée révèlent toute une galerie de personnages aux vies cassées.
Fukada ose le film de société doublé du film de psychanalyse, et son motus operandi est douteux.
Prenez des notes, devenez psychanalyste et sociologue, en quelques étapes.
Dans votre méthode Fukada, pour caractériser vos personnages, ajoutez donc un veuf, deux adolescents découvrant leur homosexualité, une rupture et un célibat de longue durée.
Vous avez les outils.
Maintenant faites en sorte que dans l’application du théorème chaque protagoniste détienne une information secrète sur l’un des personnages. Le Cluedo sentimental est lancé.
Fukada vous offre la place du thérapeute, si ce n’est celle de l’être omniscient. Il flatte l’ égo.
Sauf que face à la simplicité de l’énigme, vous vous sentirez insultés. Vous n’aurez aucune envie de poursuivre la séance.
L’écriture du film tout comme l’écriture des dialogues, sont des leçons de baratinage, qui ne poussent jamais à la pensée, juste l’artifice pompeux pour esquisser une silhouette sentimentale grossière.
Ce n’est qu’amas de phrases préconçues, de montage obséquieux, porté par des acteurs-mannequins dénués de la moindre expression…
Mais attendez, avant de claquer la porte et abandonner votre patient, pensez à dresser un enchaînement de plans fixes suivis de panoramiques pour appuyer une psyché que les mots ont déjà éventrée, dans un cadre suant de symbolismes : l’arrivée du printemps, la nécessité de brûler les mauvaises herbes pour fertiliser la terre, la pluie qui lave les peines pour mieux renaître…
Ca y est Quelques Jours à Nagi peut sortir de votre cabinet, de votre atelier.
Le résultat, un film qui joue d’artificielles situations-problèmes, ne cerne jamais son sujet, pour s’aimer dans son doucereux sentimentalisme. C’est bien ce que vous pensez : un trompe-l’oeil narcissique…
On a failli se faire avoir durant quelques minutes, de par son didactisme, mais derrière la parure il n’y a que le manque d’inspiration d’un manège qui s’amuse à compiler de façon bis repetitae le cinéma japonais de ces dernières années, s’essayant à la prose-constellation de Le Mal N’Existe Pas d’Hamaguchi sans jamais la comprendre, rêvant de la beauté rurale du Souvenirs Goutte à Goutte de Isao Takahata et copiant allègrement ses personnages adolescents sur ceux du déjà douteux Innocence de Hirokazu Kore-Eda.
Consternant. Adieu Fukada.



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