« Teenage Sex and Death at Camp Miasma » réalisé par Jane Schoenbrun : Critique

Après plusieurs suites bâclées et malgré une fanbase en déclin, une jeune réalisatrice enthousiaste reprend les rennes de la franchise de slasher Camp Miasma, avec pour mission de la ressusciter. Mais alors qu’elle rend visite à la star du premier film, une actrice mystérieuse et recluse, les deux femmes s’entraînent dans un univers sanglant entremêlant désir, peur et hallucinations

Réalisateur : Jane Schoenbrun
Acteurs :  Gillian Anderson, Hannah Einbinder, Jack Haven
Genre : Slasher, Comédie, LGBTQ+
Pays : États-Unis
Durée : 112 minutes
Date de sortie : 
13 mai 2026 (festival de Cannes – Un certain regard)

4.48 Psychose

CANNES 79E – 13/05/2026 :

De l’essai à la saillie, Jane Schoenbrun, nous le savons maintenant, disons-le sans trembler, est une fabricante de l’idée. Elle a des idées, plein d’idées, comme dans une boîte à idées. Des idées, des plus visibles aux plus programmatiques… Les plus fragiles surtout — C’est sûr que, sans matière, nous n’avons que peu de formes, mais seulement l’idée…

L’idée, qu’elle accumule, de passages en passages, comme pour y montrer ce que sa tête est capable de faire. Puis viennent les manies, les mécanismes, les couches successives. D’un film à l’autre : la réalité s’y désagrège, ce qui commençait en fiction devient alors une lettre ouverte.

Alors lisons-la, nécessairement.

On y découvre des obsessions. Ce n’est jamais vraiment bon signe, une obsession, surtout quand elle est aussi manifeste, car finalement, Teenage Sex and Death at Camp Miasma — qu’on va simplifier en TSADACM, car j’aimerais limiter mon nombre de lettres —, ce serait un sombre manifeste à la gloire du feu des obsessions : une femme, une licence d’horreur, un regard érotique.

Il est inconfortable d’en parler en esquivant le courroux de Jason, tout comme il est impossible de ne pas se demander si nul jeune de mon acabit n’avait déjà pensé à faire un tel projet sur le tournage d’une pareille machine. Ou d’en faire un commentaire méta. Car nous n’avions pas eu assez de films de la sorte, n’est-il pas ? — si vous n’avez pas encore capté mon ironie… C’est d’ailleurs dans ce sujet-là, qui donne son nom au film, que Schoenbrun s’en sort le moins : elle produit du métafilm à la seconde, des films d’horreur grand public, et accumule les références, ainsi que les tropismes rêches sur les producteurs cyniques d’Hollywood. Elle fait exploser l’hémoglobine, les lumières, les effets de style, comme si chaque plan devait prouver quelque chose. Mais que tchi ?

Voilà pourquoi le public viendra, et l’appréciera. Mais n’ont-ils pas eu le mémo ? Peut-être aurait-il fallu qu’ils lisent vraiment la lettre, aussi imbibée de sang soit-elle, et on a du mal à lire. Voyez-vous, cette lettre n’est pas bien conjuguée, non : tantôt lourdaude, tantôt tarabiscotée. Mais elle parle de relations, de sexe, de désir, de lesbianité, et elle en parle avec prosaïsme. Si, à vrai dire, le rire ou la malignité ne se font que peu ressentir. Si le lynchisme estudiantin peut bien se retourner dans ses flammes. C’est bien seulement pour des questions sexuelles que TSADACM clignote d’éclats de projection. Et, d’une tentative visuelle à l’autre, du baroquisme de ses fonds verts à celui de ses matte paintings, il fait désirer, il titille le cœur. Avec une certaine légèreté de l’être derrière la caméra.

Un camp de vacances en film. Le temps d’un porno, alors, de dix minutes, avant de repartir dans son orgie : le public sera là. Il sera là. Rien de bien difficile : il suffisait de semer une graine par-ci, une graine par-là. — FM

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