Juin 1943, Jean Moulin, chef de la Résistance, est arrêté alors qu’il tente de réunifier les forces de l’Armée Secrète. Interrogé par Klaus Barbie, le chef de la Gestapo de Lyon, Moulin est entraîné dans une confrontation implacable. Son ultime combat face à la manipulation et la brutalité commence. Le destin de la France libre en dépend.

| Réalisateur : Laszlo Nemes |
| Acteurs : Gilles Lellouche, Lars Eidinger |
| Genre : Drame Historique |
| Pays : France |
| Durée : 130 minutes |
| Date de sortie : 28 octobre 2026 |
Laszlo Nemes, après avoir été silencieux durant quelques années, revient en grande pompe ces derniers mois, avec un passage par Venise, en septembre dernier, pour présenter Orphelin, puis un retour, en compétition, à Cannes, aujourd’hui, en mai 2026, avec Moulin.
Si le premier film n’avait pas su convaincre au sein de Kino Wombat, il faut reconnaître que le second commençait à intriguer, tout comme à troubler, tant sur le sujet délicat à traiter, Jean Moulin, que sur le doute de retrouver Nemes à la hauteur de ses deux premiers films, Le Fils de Saul et Sunset.
Moulin adapte le retour de Jean Moulin en France et son calvaire entre les mains de Klaus Barbie.
En se penchant sur le projet, deux présences, deux doutes : Gilles Lellouche, en Moulin, Disney +, à la production.
Le choix d’une célébrité plutôt qu’un acteur moins connu agace pour conter le parcours d’un homme qui dissimule son identité tout du long de l’oeuvre. Les spots sont dirigés vers la star et hurlent : « JEAN MOULIN EST LA ! »
Ensuite, l’étrange choix de passer, en partie, par une plateforme de streaming à rendement industrielle pour raconter une page d’histoire et de résistance… Qu’est-ce-donc que cette horreur ?
Quel est le but d’un tel projet ?
Un sacrifice ? La résistance ? Le calvaire de Jean Moulin ? La France occupée ? Klaus Barbie ?
Que veut Laszlo Nemes ?
Devenir moraliste ? Devenir bankable ? Devenir dissident ?
Les interrogations se bousculent et trouvent rapidement des réponses.
Dès les premières images, quelque chose cloche.
L’image est impeccable, la projection se fait en 35mm, mais il manque ce qui faisait la glaise de Nemes, l’audace.
Il filme de façon assez ordinaire et joue plus sur le traitement colorimétrique du film pour créer des ambiances, un traitement qui se trouve souvent à l’honneur dans le cinéma de reconstitution abordant la Seconde Guerre Mondiale, avec ses tendances vertes et jaunes.
Le cinéaste a perdu toute originalité, il enfonce des portes ouvertes en matière de mise en scène.
Néanmoins, et par-delà la déception, un geste revient, celui du cinéaste, qui ne raconte pas l’histoire mais suit un personnage pour capturer l’atmosphère d’un lieu et d’une époque. Les silences et les ombres racontent.
Ainsi dans le cinéma de Nemes, il est laissé au spectateur, généralement, la possibilité d’explorer, de saisir les recoins du cadre afin de s’imprégner d’une certaine profondeur historique.
Malheureusement, même si le procédé se fait sentir, Nemes est moins inspiré et oublie les silhouettes pour filmer les visages, constamment.
En s’aventurant dans ces nouvelles eaux, il perd fatalement le petit truc en plus qui faisait son cinéma, celui de découvrir les horreurs du monde par dessus l’épaule d’un garde-fou, le personnage principal, situé entre le spectateur et les atrocités masqués par la forme du corps qui avance.
Nemes est obnubilé par ses acteurs et ne raconte plus ni l’époque, ni les personnages, il devient esthète stérile, esthète impuissant et accroc à la violence.

Le mystère s’évapore, Moulin se divise et s’actionne en deux temps : l’organisation de la résistance et le calvaire.
Après s’être répété, si ce n’est bégayé, durant le premier acte, le cinéaste hongrois fonce sur ce qu’il arrivait à éviter, l’horreur frontale.
Moulin se transforme rapidement en un film qui ne raconte plus l’histoire, qui veut la faire vivre, ressentir, qui souhaite choquer et lorgner vers l’enchainement de tortures sans plus jamais essayer de caractériser sa galerie de personnages.
Et si Moulin avait un patrimoine cinématographique plus proche de La Passion du Christ que de Le Fils de Saul.
Finalement, nous n’avions pas été prévenus mais le parcours de Jean Moulin, alias Max, alias Jacques Martel, est christique, christique comme l’entend Mel Gibson, dans le sang, les cris et la démonstration systémique pour créer des martyrs.
Le spectacle qui claudiquait mais parvenait à garder l’attention éveillée s’enlise dans le vulgaire et joue avec les codes du Torture Porn.
La caméra cherche le cliché où Gilles Lellouche aura le visage le plus tuméfié. Cependant, et quelle tristesse, c’est à cela qu’on juge les grands films à en croire l’engouement de la salle, à leurs capacités à mettre en scène des calvaires et à déformer les visages, les corps, pour parler de performance.
La performance est ici spectacle, et le spectacle n’est pas entendable, dans une oeuvre telle qu’un film sur Jean Moulin. Bienvenue dans le freakshow de Laszlo Nemes.
Quel bourbier, que l’idée même d’un tel film…
Moulin est beau, Moulin est cru, Moulin est choc.
Beau, cru et choc. Est-cela qui vous vient à l’esprit lorsque vous pensez au chef de le Résistance Française ? Nous, non.



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