Sur la Côte d’Azur, deux bandes d’enfants s’affrontent à leur jeu favori : sauter des rochers rouges de la Méditerranée. Géo, 5 ans à peine, découvre le temps d’un été un monde où l’amitié se mêle à la rivalité, et où les premiers élans du cœur deviennent source de tensions.

| Réalisateur : Bruno Dumont |
| Acteurs : Kaylon Lancel, Kelsie Verdeilles, Louise Podolski |
| Genre : Drame, Comédie |
| Pays : Portugal, France, Italie, Espagne, Qatar |
| Durée : 90 minutes |
| Date de sortie : 23 septembre 2026 |
D’Anthéor à La Ciotat, il n’y a qu’un train
C’est une histoire de mouvement perpétuel, à tendance spiralaire, une histoire de mécanique intellectuelle qui se réinvente constamment, des cycles qui mènent inéluctablement à des révolutions, et ne retournent jamais à leurs points de départ.
L’action mène au déplacement, le déplacement mène au changement.
Voici l’oeuvre de Bruno Dumont, entre modulations et dépassements.
Des drames effroyables, L’Humanité et Flandres, à l’absurde, Ma Loute et L’Empire, sur une Côte D’Opale désabusée par une humanité décadente, et donc, follement réelle, en passant par des récits historiques chantés, à hauteur d’enfants, Jeanne et Jeannette, jusqu’à l’essai de science-fiction grand-guignolesque, L’Empire, la grammaire Dumont est un art en constante transformation.
Il sera toujours là où on ne l’attend pas.
Cependant, et même si vous êtes avertis, préparez-vous, le film que vous allez voir est un grand remue-ménage, fait de motifs passés et d’essais troublants. Bruno Dumont semble ne jamais avoir été aussi libre. Et pourtant, en matière de liberté dans l’expérimentation, Dumont est un sacré bonhomme.
Peut-être est-ce dû à son exil en matière de production et sa rencontre avec des collaborateurs tels qu’ Albert Serra ? Peut-être est-ce dû aux curieux acteurs du film ?
C’est flou, mais il s’est passé quelque chose. C’est évident. Dumont délocalise son cinéma, s’émancipe du Nord et va plein Sud, à quelques kilomètres de Cannes.
On y retrouve l’aventure à hauteur d’enfants, même s’ils n’ont jamais été aussi jeunes, les mystères de l’attraction entre les êtres, l’outrepassement des règles et bien évidemment la présence stérile de la gendarmerie nationale.
Mais quelque chose cloche, une sorte de réalité fictionnelle parallèle.
A Anthéor, les adultes sont las, dépassés, suants, rôtis, et les enfants, eux, s’émerveillent des interstices laissés par le soleil, la garde baissée de leurs parents.

Ici, la matière narrative a été dégrossie jusqu’à faire lorgner le récit vers une forme d’abstraction, point de rencontre d’un réel à la lisière du surnaturel, là où l’âme vibre, avec rudesse et pureté.
Dans cette configuration, dans cette volonté d’évolution de son cinéma, d’expérimentations, esthétiques, narratives et humaines, Dumont, avec son nouveau film, Les Roches Rouges, se jette à l’eau.
Il plonge dans une écriture minimaliste et laisse seulement les corps, l’espace, travailler l’imaginaire du récit.
Le cinéaste essaie un geste instinctif si ce n’est presque primitif, celui d’enfants, l’été, dans l’Estérel.
De la sorte, il remet en question les limites d’un monde adulte asservi par des conventions mortifères.
Dumont le rappelle dans chaque plan, il faut rêver le monde pour le vivre avec passion, et les enfants, eux, ont ce savoir, être libre…
Les marmots sortent du camping, embarquent à bord de leurs véhicules électriques miniatures et vivent l’aventure.
On pense à Riddle Of Fire de Weston Razooli, sorti il y a deux ans, mais non, Dumont va bien plus loin, Dumont a sa vision propre, comme toujours.
Il arrache le regard au monde des adultes et s’embarque dans une aventure aussi tendre que nihiliste, où les gamins deviennent de nouvelles perspectives.
Dumont suit les enfants, observe leurs larcins, vols de bonbons, leurs amours, jalousies, et leurs aventures, direction l’Italie.

Le cinéaste embrasse une forme libre. Il ne crée pas d’intrigues illusoires. Non. Il n’en a que faire.
Dumont préfère suivre l’insouciance, la candeur, et les pulsions.
Les Roches Rouges en revient à l’essence, le mouvement, l’image en mouvement. En fond, un train traverse la toile. La Ciotat n’est pas si loin.
Le cinéma, tout simplement.
Il en revient à remonter le temps, prendre les pistes oubliées ouvertes par le muet pour concevoir une piste de cinéma inespérée, oui, un miracle se joue dans toute cette simplicité.
L’Estérel éblouit, l’image capture des paysages de bord de mer d’une beauté telle que les adultes la redoutent, interdisent d’escalader ces rouges massifs rocheux.
Les enfants, eux rêvent encore, veulent dépasser les limites, escaladent et plongent.
C’est un acte de résistance, complètement punk, donnant envie de rire, de crier, de ressentir les émotions primaires, loin de toute analyse. Respirez. Ouvrez les yeux. Vous vivez à nouveau.
Avec Les Roches Rouges, Dumont met à nu tout son cinéma, lui arrache ses apparats narratifs, avale la bande originale, ne laisse que les prises de son direct, et aspire littéralement le regard spectateur avec son objectif 20 mm qui déforme les sujets s’approchant trop de la caméra.
C’est un trip. C’est ce que l’on attend du cinéma… un trip libre, audacieux et irrévérencieux.



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