May, jeune veuve d’un riche homme d’affaire, ressent une profonde solitude même si elle n’a partagé que quelques jours avec son époux. Un soir, ivre, elle est victime d’un accident de voiture. Depuis, elle est témoin de choses étranges : son œil gauche voit des fantômes…

| Réalisateurs : Johnnie To & Wai Ka-Fai |
| Acteurs : Sammi Cheng, Lau Ching-Wan |
| Genre : Fantastique, Romance |
| Pays : Hong-Kong |
| Durée : 98 minutes |
| Date de sortie : 2002 (salles Hong-Kong) Mars 2026 (Blu-Ray) |
Ces derniers mois le cinéma hongkongais a connu une véritable renaissance, d’une part par le déblocage des droits des films de John Woo mais aussi du fait du travail acharné des petits éditeurs. Ces derniers s’enfoncent dans un cinéma qui avait disparu progressivement des cinémathèques et des collections modernes, le Blu-ray et 4K UHD.
Nous avons eu le droit à la renaissance progressive des catalogues de la Shaw Brothers, de la Fortune Star ou encore quelques Wu Xiang Pian éparses.
En plongeant dans le cinéma HK, Il s’agit d’observer toute une vague de films, et de cinéastes, qui sent venir la rétrocession de Hong-Kong à la Chine et qui, dans un dernier acte de liberté, expérimente des formes folles et ose un discours politique fort.
La majorité des réalisations de cette époque sont à tendance crépusculaire et la plupart des cinéastes qui ont marqué la fin des 80s et le début des 90s, à savoir Tsui Hark, John Woo ou encore Ringo Lam, ont progressivement sombré lors de l’arrivée du nouveau millénaire.
Certains sont partis vers l’Occident, d’autres sont restés, comme Johnnie To et Wai Ka-Fai, tentant de continuer à tourner dans une industrie fantomatique où les films à messages ont laissé place à la comédie populaire, où le cinéma ressemble de plus en plus à une mauvaise série de l’après-midi.
Mais que devient le geste de ces auteurs aux tempéraments créatifs radicaux ?
Se sont-ils pliés à l’ordre étatique ? Sont-ils devenus des réalisateurs de studios affadis ?
C’est à ces questions que Badlands, éditeur français qui n’a pas froid aux yeux, a décidé de se confronter en éditant trois inédits en Blu-Ray.
L’éditeur continue son tour du monde des cinémas singuliers pour ausculter le cinéma de Johnnie et Wai Ka-Fai au début des années 2000, leur abandon du polar pour la comédie populaire.
Au programme :
- Help !!!
- Fat Choi Spirit
- My Left Eye Sees Ghosts
Dans ces lignes, le regard se portera sur My Left Eye Sees Ghosts, une déclinaison fantastique de la comédie grand public, une histoire d’héritage, de spectres, de visions et d’amour.

My Left Eye Sees Ghosts,
My Right Eye Sees an HK Telenovela
Sept jours après son mariage, May perd son époux fortuné.
Elle hérite de son empire financier. La famille et les proches doutent de l’amour qu’elle pouvait porter à son mari.
Lors d’un retour nocturne, en voiture, à sa villa, la jeune femme a un accident de voiture. A son réveil, à l’hôpital, d’étranges visions l’assaillent.
Son oeil droit voit des fantômes, ceux qui errent et n’ont pas encore basculé de l’autre côté, l’au-delà.
A sa grande surprise, un ami perdu de vue à l’adolescence, un amour de jeunesse refoulé fait son apparition.
Un lien se tisse entre eux, le processus de deuil de son mari débute, Johnnie To & Wai Ka-Fai s’élancent dans un film sur la mémoire, le monde d’avant, dont on ne saisissait pas les merveilles, la désillusion du présent et les angoisses de l’avenir.
Ce My Left Eye Sees Ghosts a tout pour surfer sur la vague de Ghost réalisé par Jerry Zucker.
Il y a là la romance entre un vivant et l’au-delà mais bien qu’il use de cette idée première, le duo de cinéastes joue de contre-pied, comme avec Help !!! qui détourne le succès de la série Urgences.
Ici, contrairement au drame romantique surnaturel, il nous est servi une romance comique surnaturelle.
Une comédie, oui, qui va extrêmement vite, au montage hystérique, avec des interprétations en sur-régime et un mauvais goût de tous les instants.
Face à l’écran, le spectateur est dans l’impasse.
Les minutes s’allongent. Les rares effets numériques rappellent les écoeurants effets de The Mask et l’impression de regarder une telenovela à la sauce chinoise s’installe.
Que viennent faire Johnnie To & Wai Ka-Fai dans un tel bourbier ?

S’il vous plaît, restez.
C’est une farce de mauvais goût que les cinéastes vous jouent, celle de jouer des codes de films destinés à la télévision, forme populaire indigeste et bourrative, pour maladroitement aborder l’enfer de la production hongkongaise au début des années 2000.
Gardez le regard attentif, la comédie lourdingue s’effondre, plus personne ne rit, tout le monde crie, c’est effrayant, un crépuscule s’installe, celui du spectateur.
Cette tension entre le présent et le passé, l’avant rétrocession et le présent de la restitution c’est de cela que l’on parle en invoquant les fantômes, en faisant résonner dans la bande originale des inspirations tantôt japonaises, Kamen Rider, tantôt états-uniennes, La Famille Addams.
C’est un film de deuil qui essaie de respirer entre les rires suffocants.
Derrière cette façade malade, sourires figés et corps hyperactifs, il y a toujours l’acidité des réalisateurs, ils sont là, jouent avec la production, avec la censure, et glissent sur le fond de l’image leur cri.
Dès lors que ce dernier est perçu alors une métamorphose s’opère.
My Left Eye Sees Ghosts devient un témoignage, ce qu’il arrive lorsque l’Etat se met à contrôler et réguler la voix des artistes, des penseurs.
My Left Eye Sees Ghosts est un mauvais film, une love story tiède, un récit fantomatique ennuyeux, mais il est un message tant pour la population hongkongaise que pour le monde, celui de ne pas enterrer les souvenirs, les visages, les drames et les amours passés.
Ils sont des repères importants pour la mémoire, pour se rendre compte des conditions de vie du présent et rectifier la projection du futur.
Sans cet écho du passé alors le futur ne sera que lente chute désespérée et inhumaine, l’arrivée de l’ère du zombie moderne en somme.
C’est d’ailleurs cette idée que reprend Ratchapoom Boonbunchachoke avec Un Fantôme Utile, qu’il porte au rang de grand film fou.
Regardez My Left Eye Sees Ghosts, regardez-le, avec votre oeil gauche, comme un avertissement.
Le cinéma n’est pas un dû mais un combat de chaque instant.

Les caractéristiques technique de l’édition Blu-Ray
L’édition reprend les codes de la collection 1KULT, fourreau cartonné et boitier scanavo, simple et classe avec une très belle illustration, kitsch à souhait, de Sean Longmore.
Image :
C’est un master HD confortable, permettant de découvrir cette oeuvre qui peinait à arriver jusqu’à chez nous avec des transferts qualitatifs.
Le niveau de piqué est assez poussé révélant de nombreux détails et l’image est particulièrement lumineuse apportant une vraie clarté aux images.
Les noirs ont parfois du mal à tenir la distance mais sont largement acceptables.
Quant à ce qui est des effets numériques, on ne peut rien y faire, c’est ainsi, c’est kitsch, c’est presque touchant.
Son :
Mandarin DTS-HD Master Audio 2.0 Stéréo
Cantonais DTS-HD Master Audio 2.0 Stéréo
Les eux piste se valent, nous avons tenté de passer de l’une à l’autre en cours de visionnage.
Il s’agit d’un master son équilibré où les fréquences ne se cannibalisent pas, avec de belles dynamiques.
La dimension hystérique du film trouve un bel écho. C’est vif.

Suppléments :
Badlands a le chic pour plonger dans des territoires de cinéma assez peu empruntés et réussi toujours à nourrir les esprits cinéphiles les plus aventureux.
Pour cette édition de My Left Eye Sees Ghosts, pas de livret, mais deux bonus complémentaires, un voyage en compagnie de Julien Carbon autour de Johnnie To et un retour sur le film en présence du scénariste ainsi que de l’assistant réalisteur.
Le tout est saupoudré d’un making-of, dispensable, mais agréable, pour les fans les plus en demande.
Le menu complet :
- « La Famille Johnni To » : Autour du film par Julien Carbon, scénariste et réalisateur (2026, 9’37 »)
- « Oeil pour oeil » : Autour du film par Yau Nai-hoi et Law Wing-cheong (2026, 23’24 », VOST)
- Making of (2002, 8’50 », VOST)
- Bande-annonce (2’02 », VOST)
- Badlands Éditions : bandes-annonces de l’éditeur
Pour découvrir le film en Blu-Ray :
https://lechatquifume.myshopify.com/products/my-left-eye-sees-ghosts?srsltid=AfmBOoqI3Hdhqx6U-BO25YF7r-xlzX0T7V5REaovjU52WzC9NoV0xsi8


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