« Route Algéricaine » réalisé par Rabah Ameur-Zaïmeche : Critique

Slimane, un vieux routier fatigué et malade, et Smaïn, son rippeur, ont pour mission de convoyer une cargaison au fin fond du Sahara algérien. En route, ils se font violemment agresser et dérober leur camion. Anna, une jeune chercheuse universitaire, et Sofiane, son compagnon de voyage, découvrent bientôt les deux hommes agonisants et leur portent secours…

Réalisateur : Rabah Ameur-Zaïmeche
Acteurs : Salim AMEUR-ZAÏMECHE, Ameziane ALIOUI, Slimane DAZI, Smaïl AMEUR-ZAÏMECHE
Genre : Drame
Pays : France, Algérie, Arabie Saoudite, Qatar
Durée : 108 minutes
Date de sortie : 
2026

Direction l’Algérie pour Rabah Ameur-Zaïmeche qui a souvent joué de porosité et surimpression entre son pays natal et la France.
Il y eut Wesh Wesh, Qu’est-ce qui se passe ?, Dernier Maquis, Histoire de Judas ou encore Bled Number One.
S’il y a bien un domaine dans lequel son cinéma parvient à saisir avant même la première image, c’est bien dans le choix de ses titres. D’ailleurs, il s’agit même bien plus que de titres, il s’agit d’invitations.
En une poignée de mots, un lien transparait entre le film et le spectateur à venir, un jeu de piste débute, projetant un espace, une thématique et un esprit. L’image, elle, n’est pas encore arrivée.

Avec le titre Route Algéricaine, le réalisateur invoque l’idée de cette hybridité entre l’Algérie et le rêve américain, renvoyé par le fantasme de la route, la traversée de l’immensité d’un pays et de ses complexités.
Au coeur du désert algérien, Slimane et Smaïn, chauffeur et rippeur, doivent convoyer une cargaison jusqu’au fin fond du Sahara. Sur le chemin, ils se font agresser et sont laissés sur le bord de route, en plein cagnard, gravement blessés.
Un couple traversant le désert, à la recherche d’un ouvrage détenu par une communauté isolée, décide de leur venir en aide.

En quelques lignes, la proposition plonge dans un paysage de cinéma quelque part entre Le Salaire de la Peur, Twentynine Palms et Sirat.
Cependant, ce n’est pas cela, c’est l’esprit cinéphile qui se fourvoit, il ne s’agit pas de références mais d’inventions, évidemment avec Rabah Ameur Zaïmeche. Ce n’est pas un cinéma de redites mais de création.
Ce dernier travaille le rapport entre l’humain et l’immensité des espaces, les trajectoires, rêves, errances et désillusions, à travers le péril des traversées dans des environnements extrêmes. Mais ce n’est pas tout.
La force du film réside dans la mise en mouvement, dès lors que la roue du camion commence sa première révolution, par l’image de tout un pays, l’Algérie, de tout un continent, l’Afrique.

L’image est brute, parfois presque documentaire. L’interprétation est sans fioritures, nécessitant même un léger temps d’adaptation, l’impression que le jeu est faux traverse la pensée.
C’est bien normal, les acteurs chez Rabah Ameur-Zaïmeche ne jouent pas, ils vivent.
Le récit ne cesse de les mettre à l’épreuve, face aux choix, à l’échelle individuelle, qui influera sur toute la projection d’un peuple. Le geste et l’intention sont au coeur du film.
Le cinéaste ne s’encombre jamais du dilemme et préfère plutôt la remise en question du spectateur face aux décisions opérées par les personnages. Il y a un dialogue constant entre la toile et la salle, un échange philosophique sur l’autre, l’inconnu.
Il questionne l’adversité et la fraternité.
Ces voies en opposition qui se croisent et se percutent parfois.

Rabah Ameur-Zaïmeche montre les ouvriers, les pirates, les chercheurs et les peuples du désert.
Dans cet espace en dehors de la société, où l’autorité des services de l’Etat a des difficultés à agir, dans une nature qui se réinvente constamment, il y a la matière pour concevoir un mouvement nouveau, dans l’aridité, la violence mais aussi l’entraide.
C’est cela avant tout le but du film, faire ressurgir l’âme d’un peuple par une mécanique de cause à effet, relais humain vers la réinvention.

En replaçant les individus loin des institutions -qui lorsqu’elles apparaissent sont aussi dangereuses qu’absurdes- dans des espaces de liberté à penser, Route Algéricaine est un acte de résurgence, autopsiant par le prisme des individus isolés, et leurs rencontres, la possibilité d’une société nouvelle, basée sur la mise en commun, pour comprendre les secrets du sol, les souffles mystiques qui ont déterminé un groupe à devenir peuple.



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