Avoir 15 ans, une caméra mini DV et filmer son adolescence dans les années 2000 pour la retrouver plus tard : amies, désirs, vacances… Vingt ans après, exhumer les cassettes et réécrire le journal, au futur antérieur, avec la fougue et la tendresse d’alors.

| Réalisatrice : Agathe Bonitzer |
| Genre : Documentaire |
| Pays : France |
| Durée : 40 minutes |
| Date de sortie : 2026 |
Les enfants nés à la fin du XX° siècle connaissent cela.
Les appareils photos jetables et les caméscopes à cassettes.
Au début des années 2000, ces mêmes enfants à l’orée d’internet ont filmé la maison familiale : les soirées entre amis, les premières sorties et le susurrement des chambres lorsque les parents dorment.
Le format permettait une bien plus grande agilité et l’envie de créer de l’image, du souvenir, était intacte. Avoir un caméra, c’était la promesse de l’aventure.
Un geste de filmeur s’opère pour immortaliser un temps, celui qui court, la jeunesse, pour transformer le réel en journal intime, loin de la dévaluation du numérique et de son usage moderne sur les réseaux sociaux, celui de la vitrine.
Agathe Bonitzer, maman à en devenir du haut de ses trente-sept ans, a retrouvé les cartons stockés dans un coin obscure de la demeure familiale.
A l’intérieur, sa caméra, celle qui l’a suivie durant les dernières années du collège, de ses seize ans à ses dix-huit ans.
A l’aube d’une vie en train de changer, l’actrice d’Affection Affection prend le temps de regarder la jeune fille qu’elle a été. Elle observe les espoirs qu’elle nourrissait dans l’avenir et les songes d’une jeunesse du nouveau millénaire.
L’image capturée est bruyante, l’intime résonne dans la moindre fluctuation du cadre.
Agathe Bonitzer touche à l’ordre du nostalgique mais ne s’enfonce jamais dans la surenchère doucereuse. Son regard est subtil, sensible.
Elle s’accompagne dans son être-passé, elle accompagne les spectateurs dans leurs printemps.
Pour ce premier film, d’une durée de 45 minutes, la cinéaste compile deux années de vie dans une narration aux apparences temporelles d’une année scolaire.
Au programme, soirées entre copines, pensées, préparation au baccalauréat, premiers émois.
Les adultes, eux, ont été progressivement évincés du montage, ils apparaissent dans l’introduction du film et glissent progressivement vers la bordure.
Filmer est un acte d’affranchissement, de liberté, esquivant les limites du cadre familial.

Journal du Futur est un témoignage d’importance.
Le projet capture cette génération de la bascule, celle qui va s’emparer du numérique et ouvrira le monde que nous connaissons aujourd’hui.
Filmer le quotidien, est un geste qui relève de l’ordinaire, mais nous avons perdu la raison de l’usage. La capture du réel contemporaine est bien plus une preuve qu’une relique. L’image est aujourd’hui intéressée où la proposition qui se dresse actuellement dans la salle obscure, ce Journal du Futur, touche à l’instantané, à une certaine innocence, celle de vouloir transcrire le présent dans une éternité.
Des rires aux larmes, de la mémoire enfouie à la franche sympathie, il est difficile de ne pas être séduit par cette petite bande qui rencontre des interrogations adolescentes universelles autour de l’avenir, du corps, du travail, de l’amour, de l’art.
Le montage est clairsemé d’intertitres extraits des journaux intimes de Bonitzer et les mots extirpés de leurs canvas secrets amplifient l’impact de l’image. Les paroles de cet âge sont parfois tranchantes mais toujours sincères.
Il y a tout autant la joie que la détresse, l’impatience que l’incertitude.
Les chambres s’ouvrent, leurs tendres obscurités se révèlent, l’adolescence n’est pas l’impasse que la fiction dramatique promet, tout y est bien plus délicat, subtil.
Oubliez les jeunes filles de Sofia Coppola et son Virgin Suicides, ici vous toucherez au réel, à un réel.
Bonitzer convoque le passé sans jamais devenir archiviste. Elle est fée qui ressuscite des émotions.
Bonitzer esquive la dictature de l’avenir. Elle garde la fougue de cette jeunesse qui vivait au présent.
Journal du Futur est un enlacement des temporalités faisant du spectateur la voix du futur, et de l’image un présent infini. Une adolescence aussi douce qu’amère se meut.
Du fauteuil, on glisse. L’image attire, une grâce émane.
Agathe Bonitzer vient de réaliser une merveille entre nostalgie et rêves, le mirage d’une génération.



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