États-Unis, Michigan. Trois amis de longue date, Ken, Greg et Art, vétérans du Viêt-nam profondément marqués par la guerre, partent à la campagne pour chasser le gibier. Vulgaires et racistes, ils sont aussi, bien que mariés, des dragueurs invétérés. Lors d’une halte dans une station-service, ils repèrent Nancy et son amant, Martin. Lorsque ces derniers reprennent la route, le trio décide de les suivre avant de les neutraliser pour les conduire dans leur repaire, un chalet isolé dans la forêt. Débute alors pour Nancy et Martin un véritable cauchemar.

| Réalisateur : Peter Collinson |
| Acteurs : Peter Fonda, Cornelia Sharpe, William Holden, Richard Lynch |
| Genre : Drame, Chasse |
| Pays : Espagne, Suisse |
| Durée : 105 minutes |
| Date de sortie : 1974 puis 1982 (salles) Juin 2026 (Blu-Ray 4KUHD & Blu-Ray) |
Le Chat Qui Fume est de retour avec un film qui a sa petite histoire avec la censure cinématographique en France : La Chasse Sanglante réalisé par Peter Collinson.
Après avoir reçu une classification X pour violence, en 1974, le film a connu une exploitation normale mais extrêmement confidentielle qu’en 1982.
Le film de Collinson, dont sa filmographie est trop discrète par chez nous, saura saisir l’attention de tous ceux qui attendent depuis des années de (re)découvrir le film et attirera inéluctablement les petits curieux.
Pour cette sortie marquante de l’année, l’éditeur propose le film dans une édition 4K UHD/Blu-ray, une première mondiale.

La Chasse Sanglante, Histoire(s) d’un cauchemar à l’américaine
Collinson, un dandy chez l’oncle Sam
Peter Collinson est un réalisateur britannique qui avec les années a sombré dans un certain oubli. Il fut pourtant un passionnant artisan de cinéma ne reculant devant aucun projet et faisant constamment preuve d’une certaine ingéniosité pour tenir ses travaux et en faire des films populaires sortant de la mêlée.
Il suit les commandes des studios, passe de la télévision au cinéma, s’essaie au cinéma de guerre avec brio, avec Un Jour Parmi Tant D’Autres, à l’humour British, avec L’Or Se Barre, mais aussi à l’horreur de la Hammer, avec La Peur.
Tout en adhérant aux modulations des genres à la mode, Collinson porte un intérêt certain au cinéma international et aux craquèlements du système occidental.
Il parcourt le monde, de l’Italie à l’Afrique du Sud en passant par l’Inde pour se confronter à l’Histoire qui s’écrit et au monde qui change.
Le cinéaste utilise l’imaginaire qu’il croise à son expérience du réel, le cinéma et les faits divers, pour nourrir ses films.
L’Europe, Polanski, Leone, Antonioni, Godard, Anderson mais également le Japon, Kurosawa, Oshima, Matsumoto ou encore Yoshida, apportent de nouvelles visions, esthétiques et narratives, philosophiques et sociétales.
Les Etats-Unis, s’ils veulent garder la pôle position d’Hollywood doivent se renouveler.
Dans l’ombre, opère un cinéma indépendant, porté par Romero, Cassavetes, Clarke et Hopper. Un cinéma frontal, violent et cru.
C’est la carte à jouer pour Hollywood, qui est en train de s’effondrer à la fin des 60s, une carte à dégainer avec de nouveaux talents, une carte pour se rebaptiser, en s’inspirant donc des différentes nouvelles vagues mondiales, Le Nouvel Hollywood.
Le public ne veut plus de la vitrine aux airs de papier glacé qui a fait les heures de gloire d’Hollywood, feu des paillettes.
Les spectateurs ne veulent plus de l’illusion et du mensonge de l’image.
Les spectateurs ont pris conscience de l’horreur du monde tant à l’extérieur des terres de l’oncle Sam qu’à l’intérieur.
Le monde change et le cinéma doit également moduler.
Sur ce nouveau promontoire une nouvelle bande de cinéastes est placée sous le feu des projecteurs : Scorsese, Coppola, Spielberg, De Palma, Cimino, Peckinpah, Altman.

En 1974, tout cela Peter Collinson en a bien conscience et rêve de l’outre-Atlantique.
Il rêve de donner sa vision d’un cinéma violent et retors, d’entrer dans la valse d’une nouvelle vision des Etats-Unis, entre Les Chiens de Paille, La Dernière Maison sur la Gauche et Délivrance.
Dans une filmographie plutôt chargée pour un metteur en scène décédé à l’âge de 44 ans, homme touche-à-tout, il faut reconnaître que son regard sur les terres de l’Oncle Sam est amer.
Avec La Chasse Sanglante, produit par l’Espagne et la Suisse, qui reprend une grand partie de la trame narrative de La Nuit Des Alligators, dont il est également réalisateur, Collinson s’amuse à troubler le calme rance de la bourgeoisie, en faisant pénétrer des sales types dans l’équation et observant l’impuissance absolu des puissants face à la violence du monde dès lors qu’elle pénètre leurs intimités.
La justice est un bien grand mot, elle appartient à ceux qui ont les moyens de la détenir, par les armes, par la force. C’est cela que martèle le film qui se dresse devant vous.
La Chasse est ouverte
Bref, bienvenue aux Etats-Unis.
Le ciel est bleu, la saison estivale bat son plein.
Trois hommes mariés, ex-soldats du Vietnam, se retrouvent, comme chaque année, loin de leurs familles pour se détendre au beau milieu des bois sur une terre cernée par les fleuves.
Sur le chemin, camaraderie douteuse, séductions abruptes et regards désireux sur celui qui a le plus gros gun.
Sur le bord de route, un couple. La jeune femme tape dans l’oeil du trio.
Sans gêne, et avec un vrai sens de la persuasion, par le bout du canon, les trois compères embarquent le couple vers leur maison d’été, au fin fond des bois.
Ils enchainent la femme et humilient l’homme.
Les vacances commencent.
Nous sommes en 1974, l’horreur états-uniennes vient soit des rednecks, Massacre à La Tronçonneuse de Tobe Hooper opère son entrée fracassante, soit de la classe dirigeante, le Watergate explose en plein dans la poire d’une population en proie à la paranoïa.
Pourtant Collinson ne surfe ni sur l’un, ni sur l’autre, il emprunte la voie ouverte par Boorman, Peckinpah et Craven, en matière de sadisme, certes, et place au coeur du récit des monstres issus de la classe moyenne, des types ordinaires, qui une fois par an, déchargent leurs frustrations, montrent l’ombre qu’insuffle un pays rongé par la violence, le mensonge et la corruption.

Contrairement à La Nuit des Alligators où Collinson maitrisait pleinement les motifs de son pays natal, tant d’un point de social et économique que criminel et artistique, cette fois le cinéaste britannique n’est que reflet de ses voisins anglophones.
Il garde sa façon artisanale et populaire de faire du cinéma mais se perd dans l’esthétique, le sujet et la manière, s’ancrant bien trop dans une dynamique bis repetitae, tentant de reproduire ce qui a déjà été fait et ne parvenant jamais vraiment à égaler les maîtres-étalons qui sont de sacrés morceaux.
Il y a la violence, le cadre à l’américaine, le sous-texte sociologique, le sadisme, mais cela paraît générique, bien souvent faux.
Et le caractère factice de l’entreprise n’est pas non plus un mal, Collinson conçoit du divertissement brutal mais l’artifice est trop conséquent pour porter le regard spectateur dans une situation d’inconfort.
La matière tangible de Délivrance n’existe pas ici. Les personnages naissent avec le film et disparaissent avec leurs morts à l’image, ils n’existent jamais dans le hors champ, en dehors de la lucarne.
Là où Peckinpah avait réussi avec Les Chiens de Paille à introduire la famille américaine en plein coeur des Cornouailles, faisant de ces personnages l’approche états-uniennes au coeur du Royaume-Uni, Collinson, lui, s’embarque dans un récit où chaque personnage est états-uniens, et où, en tant que cinéaste britannique, une compréhension biaisée des lieux et des êtres transparait, faisant naître un récit et des personnages façades, des motifs sans rien pour les porter, du Vietnam aux luttes sociales en passant par l’héritage du Western.
Et pourtant ce genre de cinéma fleuri partout dans le monde et interroge les classes et la ruralité.
En France, il y a eu La Traque, en Italie, il y a eu Avoir 20 ans et Les Chiens Enragés, au Royaume-Uni, il y a eu And Soon The Darkness.
Le rêve américain a dévoré Collinson.
Cependant, le casting, lui, tient la route et est convaincant, et en même temps quel casting de légende : Peter Fonda (Easy Rider), Cornelia Sharpe (Serpico), William Holden (La Horde Sauvage).
L’interprétation et les mécaniques de la montée de la violence rappellent le à-venir Funny Games de Michael Haneke, mais la distance entre la toile et la salle est trop importante, Collinson se protège et de manière collatérale nous protège.
Il souhaite plus créer un film d’exploitation que mettre feu au réel.
Cette retenue qu’il porte en coeur de film, après une introduction menée tambour battant, fait de la proposition un film tiède, plein d’idées saisissantes et de motifs trop souvent employés.
La Chasse Sanglante est un chouette petit moment de film pop-corn, à regarder en début d’automne, lorsque les feuilles virent à leurs teintes chaudes, où les personnages sont malmenés avec talent, où les mécaniques sont saillantes et où tout ce qui compte reste le plaisir du cinéma d’exploitation, sans prétention.
Ce n’est pas vraiment ce que Collinson espérait, mais de votre canapé, c’est une aventure à partager.

Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray 4K UHD & Blu-Ray
La Chasse Sanglante se glisse parfaitement dans la collection Le Chat Qui Fume dans son format Scanavo avec fourreau.
L’éditeur garde cette forme sobre mais toujours travaillée dans les détails par leur designer de talent, Frédéric Domont.
Image :
Encore une restauration aux petits oignons.
Le Chat Qui Fume propose un master qui semble provenir du négatif original, l’image est resplendissante, sans aucune marque du temps, avec un niveau de détails élevé et une finesse colorimétrique remarquable.
La nature aux mille nuances porte le regard et ouvre une profondeur saisissante, profondeur qui se trouve augmentée en 4K Dolby Vision avec une palette qui affine le moindre contour.
La texture pellicule est intacte, c’est un miracle de restauration, comme souvent dans les éditions 4K de chez Le Chat Qui Fume.
Son :
Le master son en DTS HD MA 2.0 est propre, garde une légère patine d’époque charmante tout en cochant les attendus d’une piste son restaurée.
Les voix sont audibles, les musiquesne prennent pas le devant sur le mix et l’ambiance sonore se distille merveilleusement.
Nous sommes en pleine forêt et les coups de feu saisissent.
Concernant la VF, le master est solide, avec des voix plus présentes sur le mix et un timbre rétro au niveau des voix plutôt plaisant.
Suppléments :
L’édition ne déborde pas de suppléments mais nous avons la chance d’être en compagnie de Eric Peretti pour explorer le film et son cinéaste. (Entretien seulement disponible sur le disque Blu-Ray)
Pour les plus voraces, quelques scènes coupées accompagnent le tout, ainsi qu’un livret de photos.
• Livret de photos de 28 pages
• La Chasse est ouverte par Éric Peretti (52 min) :
Eric Peretti revient avec minutie sur toute l’histoire de La Chasse Sanglante, revenant sur le parcours de l’auteur du roman, du producteur du film et abordant l’énigmatique biographie de Peter Collinson.
En prolongement, Peretti décortique le film, intègre ce dernier au parcours des productions espagnoles et aborde la classification X, tout en décortiquant avec précision les différentes pistes réflexives que le film souhaitait ouvrir. A ne pas rater. (A noter cependant une mauvaise synchronisation voix et image)
• Scènes coupées
• Film annonce
Pour découvrir La Chasse Sanglante :
https://lechatquifume.myshopify.com/products/la-chasse-sanglante?srsltid=AfmBOoo_kxrKmZeeMNmybBXxq4OtoE_3fnFQZPEmTXBG6YTZQb5z7o4J


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