« Les Fleurs Blanches et La Lune » réalisé par David Ingels : Critique

Deux jeunes gens se retrouvent pour une promenade sur la colline, au-dessus du village. André essaye maladroitement de se confier sur ses doutes. Lina, elle, parle de ses rêves et d’une chanson médiévale où la Vierge sauve un moine qui lutte avec le Diable. Autour d’eux, les oiseaux et les voisins mènent tranquillement leur vie…

Réalisateur : David Ingels
Acteurs : Édith Saulnier, Édouard Sulpice
Genre : Essai dramatique
Pays : France
Durée : 21 minutes
Date de sortie : 
2022

C’est le passage par une médiathèque communale et la couverture d’une édition DVD qui m’ont mené au cinéma de David Ingels.
Sur le devant de la jaquette, un bois et le nom du réalisateur.
Les feuillages et les variantes de vert furent apaisants.
Le désir de rencontrer ce regard de jeune cinéaste fut soudain et irrépressible.
Une rencontre, c’est d’ailleurs de cela qu’il est question chez le cinéaste.

Deux jeunes personnes, une fille et un garçon, revenant dans leur village d’enfance, se retrouvent à l’orée du bois.
Sur les sentiers de leur adolescence, ils se remémorent, marchent, pensent et se retrouvent.

Ce premier court-métrage qu’est Les Fleurs Blanches et La Lune sillonne les pensées de deux jeunes gens en train de constituer leurs personnalités respectives.
Un parcours fait de partages d’expériences, et de ressentis, qui engage alors la structuration d’un cheminement culturel, émotionnel, physique et psychologique.
Dans ce processus, David Ingels laisse autant de place au sentier qu’aux mots, au mouvement qu’au bois. Il travaille le temps et le cadre pour laisser émerger les paroles rendues muettes, révéler les silences.
Il s’agit d’une histoire d’espaces traversés et de corps traversants, quelque part entre cinéma soustractif et essai philosophique, le cinéaste dévoile un tracé non plus géographique mais sensible et sensoriel. Le bois, et ses méandres, deviennent échos de l’intimité des personnages.

Les voix se dévoilent, maladroitement tout d’abord, tout comme le jeu des acteurs, puis, trouvent une résonance certaine.
L’image laisse le temps à la réflexion de se structurer, n’ordonnant pas une narration stricte mais laissant les échanges lors de cette excursion forestière entretenir un imaginaire suffisamment libre pour inviter le bagage personnel du spectateur s’intégrer à l’oeuvre.
Les Cantigas de Santa Maria se déploient, les pérégrinations de Don Quichotte s’y incorporent, les bois font ressurgir une mémoire lointaine, celle des contes et récits d’autrefois, celle des frayeurs et des douces promesses.
La littérature et les poèmes deviennent voies pour guérir les maux d’un âge maladroit.

De là, une tapisserie se tisse entre légendes et monde moderne, entre songes et doutes, rencontres et imaginaires.
Les Fleurs Blanches et La Lune marque un geste de cinéaste singulier, fait d’épure, de questionnements intimes, de trajectoires physiques et mentales.
Il y a les interrogations d’une génération qui ne reprendra pas la voie de la ruralité, qui redoute l’oubli de la terre et sa diversité, qui s’échappe vers les vieilles histoires, celles qui visent encore juste, qui ont eu conscience de l’humain et ses illusions, et donc de ses désillusions.

David Ingels réalise un premier film d’une charmante tendresse, sur les rencontres et leurs impacts, sur les lieux et leurs traversées.






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