Sur les eaux d’un lac marquant la frontière entre les deux Corées, l’hélice du bateau d’un modeste pêcheur nord-coréen se retrouve coincé dans un filet. Il n’a pas d’autre choix que de se laisser dériver vers les eaux sud-coréennes, où la police aux frontières l’arrête pour espionnage. Il va devoir lutter pour retrouver sa famille…

| Réalisateur : Kim Ki-Duk |
| Acteurs : Ryoo Seung-bum, Lee Won-geun |
| Genre : Espionnage, Drame |
| Pays : Corée du Sud |
| Durée : 110 minutes |
| Date de sortie : 2022 |
Le propos tient en quelques lignes.
Un pêcheur nord-coréen se retrouve bien embarrassé lorsque le moteur de son canot lui fait défaut.
En panne, à la frontière, il se trouve à dériver du mauvais côté et s’échoue sur la rive sud-coréenne.
Il est embarqué par les autorités, interrogé et soupçonné d’espionnage.
Tout ce que vous pouvez imaginer à partir de là se réalisera.
Kim Ki-duk joue malheureusement de toutes les facilités d’écriture que cela soit dans la structure du récit, avec un miroir entre les institutions des deux pays, ou bien dans la caractérisation de ses personnages, d’un manichéisme ronflant.
L’idée de départ avait de quoi charmer, tout du moins le désir de voir un film au destin suspendu à l’entre-deux, à la frontière.
Et pourtant, le projet plonge à tête baissé, assez vulgairement d’ailleurs, avec des manières usées provenant d’un cinéma d’espionnage bien plus proche de la production destinée à la petite lucarne plutôt qu’au cinéma sombre et malicieux auquel Kim Ki-duk avait su habituer.
Ici, c’est un peu comme chez Mungiu, et son récent Fjord, on prend deux blocs idéologiques, on les tord, sans jamais prendre position, mais en prenant néanmoins un plaisir sadique et gratuit autour de l’échos cruel entre deux modèles de société autoritaire, l’un avec le voile communiste, l’autre avec le fard capitaliste.
Il y a un décorum mais les méthodes sont les mêmes. La proposition travaille alors l’impasse de la civilisation moderne, son humanité puante, mais ne structure jamais la pensée.
Kim Ki-duk s’enlise, sans nuancer.
Kim Ki-duk a tout du génie à côté de la plaque, celui qui donne des leçons mais s’est égaré dans sa notoriété.

La caricature entre le Nord et le Sud est consternante.
Entre l’agent sud-coréen tout droit sorti d’un projet k-pop et le civil nord-coréen ultra-démonstratif qui ne souhaite pas voir le monde occidental, on se demande bien qui a pondu de telles énormités, et comment personne n’a pensé à alléger le naufrage.
Et bien, rassurez-vous, cela ne s’arrête pas là, car nous n’en avions pas encore parlé mais l’accompagnement instrumental est tout autant écoeurant, avec ses airs doucereux et mélancoliques, si ce n’est misérabilistes.
Enfin, les acteurs, eux, ont été choisis de la même manière que leurs personnages ont été écrits, en répondant à une formule toute faite. Vous reconnaitrez aisément le martyr, le bon flic, le mauvais flic et les chefs institutionnels qui ne se mouillent jamais. Fermez les yeux, esquissez leurs faciès dans vos pensées, vous y êtes.
Entre 2 Rives, oeuvre récente dans la filmographie de Kim Ki-Duk, semble faire un pied-de-nez au reste de la filmographie du cinéaste, piétinant les réussites que sont Locataires, L’Île et Printemps, Été, Automne, Hiver… et Printemps.
A croire que le cinéaste s’est perdu derrière son Lion D’Or, à croire que le cinéaste n’a plus rien à raconter si ce n’est réciter les propagandes à la lettre et observer le choc des autoritarismes.
Les rares séquences percutantes, car oui elles existent, ne suffiront pas, c’est tiède, et en plus de cela Kim Ki-Duk a l’audace de ne pas réussir à hausser la température sur cette formule réchauffée.



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