Synopsis : Dans la cité de Thèbes, en Grèce, où règne un tyran, une jeune femme, Antigone, décide de braver l’interdit pour enterrer son frère exécuté par le régime. Durant son périple, elle rencontre Tiresia, homme étrange parlant dans une langue inconnue. Tous deux vont devoir lutter, dans un monde soumis à la dictature fasciste.
Souvent cantonnée à n’être que la réalisatrice de Portier de Nuit, Liliana Cavani a pourtant une filmographie particulièrement fleurie et intéressante, tout autant fictionnelle que documentaire. Elle est entre autre la première cinéaste en Italie à réaliser un film sur le III° Reich, Histoire du III° Reich, qui propose une analyse critique de sa page historique infernale, au début des années 60.
Son esthétisme et sa manière de croiser mythologie, histoire et société moderne est propre à la fin des années 60, au début des années 70. Elle est une branche directe du cinéma de Pier Paolo Pasolini. L’époque et l’influence s’y ressentent énormément.
Malheureusement, bien qu’incontournable, il est encore aujourd’hui difficile de découvrir l’entièreté de sa filmographie. Alors quelle joie que de pouvoir découvrir un film de la cinéaste en HD autre que Portier de Nuit.
Direction, Les Cannibales, avec l’édition Blu-Ray fraichement éditée par Le Chat Qui Fume.

| Réalisatrice : Liliana Cavani |
| Acteurs : Britt Ekland, Pierre Clément |
| Genre : Drame politique |
| Pays : Italie |
| Durée : 88 minutes |
| Date de sortie : 1969 (salles) 2026 (Blu-Ray) |
Avec Les Cannibales, sorti en 1969, on retrouve la hargne contestataire contre l’Etat et ses mécaniques autoritaires au lendemain de mai 1968.
La même colère que l’on pouvait saisir dans Théorème, If…, Le Révélateur, La Chinoise ou encore Visa de Censure N° X. Une colère qui bout durant les années 60 et explose dans la clôture de la décennie.
Cavani est une cinéaste de son temps, une cinéaste de la jeunesse qui observe la manière avec laquelle les dirigeants conservent leurs pouvoirs quitte à sacrifier ceux qui les ont élus.
Il s’agit d’une cinéaste qui analyse la voie par laquelle l’individu devient oppresseur ou oppressé, en partant de sa position sociale initiale et observant les modulations à travers les actions qu’il entreprend.
Nous sommes au lendemain des révoltes étudiantes de mai 68.
Les textes grecques sont des pensées vivaces et largement étudiées dans les universités.
Les adaptations fusent.
Cavani, elle, voit immédiatement la ligne qui lie Antigone à la démarche autoritaire qui traverse l’Europe à la fin des années 60.
Une idéologie destinée à contenir une génération qui ne veut plus de l’étau dans lequel elle est née. Une jeunesse qui souhaite s’exprimer et être prise en compte.

Pour cela, quoi de mieux que de ramener la tragédie antique de Sophocle en Grèce, berceau de la République et de la démocratie, afin d’observer les dérives totalitaires qui se cachent derrière le capitalisme.
Cavani autopsie le système et les méthodes mises en place pour installer un régime de la terreur, afin de neutraliser à la source les résistants.
Les corps jonchent les rues. Ils sont l’image qui suscite la peur. Le gouvernement laissent les sépultures trainer.
Les dirigeants s’amusent à rappeler ce qui arrive aux opposants. Ils sont exhibés.
Déplacer un corps un serait signe de rébellion, serait sceau de mort.
Une triangulaire se met en place. Les gouvernants, les médias et la population.
Cavani organise une poétique jeu du chat et la souris et observe comment une révolution se met en place, en dehors des villes, dans des réseaux parallèles alors que l’Etat, lui, se gargarise et s’aveugle dans la quête de l’ordre.
Curieusement, 1969 a une saveur d’octobre 2026.

Le film, pour développer sa parole, travaille autant le burlesque que le tragique, et caresse les ténèbres. Il s’agit d’une oeuvre qui pousse le spectateur à ausculter, à prendre le pouls, pour s’engager dans la lutte, ne plus être témoin mutique.
Cavani ne réalise pas seulement une oeuvre de cinéma. Cavani entre dans le combat et souhaite entrainer avec elle le moindre regard déposé sur son film. Les Cannibales invite à se lever de son fauteuil à prendre conscience des méthodes mises en place pour faire de la population une extension du bras armé pour faire taire les lanceurs d’alerte, ceux qui se battent pour la liberté.
L’observation du geste, celui à contre-courant, celui des alternatifs, c’est cela que saisit le long-métrage.
La naissance d’un mouvement, celui des corps qui se rencontrent, qui s’aident, qui se révoltent.
Pierre Clémenti et Britt Ekland sont brillants pour porter une telle marche. On en ressort avec de nouveaux héros, les idées claires. Il n’est plus possible, entendable et acceptable, de rester sage, de courber l’échine pour avoir le droit de respirer.
N’y a-t-il donc pas film plus actuel que Les Cannibales ?
Mai 68 nous regarde, Cavani a déjà sondé.
Observez le fascisme, les rouages du capitalisme puant, celui qui remplace les êtres par des mécaniques interchangeables.
Eteignez la télévision.
Observez votre condition.
Mettez votre corps en mouvement.
Suivez le sens du cinématographe.
Devenez l’image.
Retrouvez votre humanité.
Sortez. Scandez. Révoltez-vous.

Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray
L’édition Blu-Ray de Les Cannibales s’intègre à la collection classique de l’éditeur, édition Scanavo avec fourreau. L’infographie est comme toujours réalisée par Frédéric Domont.
C’est simple et accrocheur.
Image :
Le master proposé par Le Chat Qui Fume est particulièrement beau.
Le grain de la pellicule est raffiné, ce n’est pas ce grain chargé que l’on retrouve parfois en Italie. Il est parfaitement mesuré et offre une lisibilité de l’image stupéfiante. C’est une bien belle surprise.
Le piqué est très juste avec un niveau de détails très agréable et une profondeur d’images qui permet de prendre l’ampleur du film, de ces immenses artères de la ville recouvertes de corps.
Enfin, la colorimétrie est pop, jamais sans trop en faire et donne une vraie jeunesse au film, perdu dans l’ancienne édition DVD, et qui ramène le film directement dans la dynamique du travail originel souhaité par la réalisatrice.
Son :
Italien en DTS-HD MA 2.0
Un master son simple et efficace laissant à chaque fréquence sa place.
Ce n’est certes pas impressionnant, mais cela n’a jamais été ce que cherche Cavani.

Suppléments :
Le Chat Qui Fume ressert de plus en plus ses suppléments sur l’essentiel et cela permet aux éditions de respirer, de ne pas tirer vers la redite de bonus en bonus vers la course au contenu.
Ici, vous trouverez un chouette entretien avec la cinéaste qui aborde son rapport à Antigone, à la fin des années 60 et au projet Les Cannibales.
Puis, pour parfaire votre connaissance de la période et offrir une plus grande lisibilité du film, un supplément avec Nino Celeste vous est également proposé.
• Antigone 1969 avec la réalisatrice Liliana Cavani (34 min)
• Le cadre et la révolte avec Nino Celeste (19 min)
• Film annonce
Pour découvrir Les Cannibales en Blu-Ray :


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