« 9 Temples vers le Ciel » réalisé par Sompot Chidgasornpongse

Après qu’une voyante lui a prédit que sa mère âgée pourrait bientôt mourir, Sakol entreprend un pèlerinage d’une journée dans neuf temples, afin de conjurer le sort. Il embarque sa mère affaiblie, ainsi que sa femme, son frère, sa sœur et ses enfants, dans ce voyage au coeur des splendeurs de l’architecture thaïlandaise.

Réalisateur : Sompot Chidgasornpongse
Acteurs : Yada Karnjanisakorn, Sompop Songkampol
Genre : Drame
Pays : Thaïlande, Singapour, France
Durée : 140 minutes
Date de sortie :
30 décembre 2026

La Thaïlande a su se tailler une place de choix depuis la célébration de Apichatpong Weerasethakul et la Palme d’Or pour son film Oncle Boonme, au coeur du cinéma international.
Depuis cet avènement, au compte goutte, des oeuvres et de nouveaux cinéastes, arrivent du pays et ravissent nos rétines, Anocha Suwichakornpong (Mundane History), Ratchapoom Boonbunchachoke (Un Fantôme Utile) et aujourd’hui un certain Sompot Chidgasornpongse.
Contrairement à Suwichakornpong et Boonbunchachoke, Chidgasornpongse se trouve avoir un lien direct avec le père de Memoria et Tropical Malady. Il a été sur de nombreux tournages son assistant réalisateur et c’est très certainement ce qui titille le plus mon attention, ce qui me fait le plus redouter la proposition.

Assisterons-nous donc, avec Neuf Temples vers le Ciel, à la naissance d’un ersatz de Weerasethakul ou à un nouveau regard ?

Le film s’ouvre, la caméra est fixe, un temple s’éveille et s’organise pour une longue journée de recueillement. Les chaises sont installées, la famille de la défunte présentée. A l’écran, l’esthétique est liée à celle du réalisateur d’Oncle Boonme, c’est une évidence, mais arrêtons-nous ici, arrêtons le comparatif tant attendu. Chidgasornpongse a son propre imaginaire, ses propres réflexions. Vous ne verrez pas un film bis repetitae.

Le jeune cinéaste aborde par le spectre de la famille la spiritualité de tout un pays. L’axe choisi par le film aborde la place du bouddhisme dans le monde moderne. Le film ausculte les relations à l’intérieur du cercle familial, l’organisation des temples, les variantes dans les pratiques des moines mais aussi le rythme d’une ville mondialisée. C’est alors une mise en scène reposant tout autant sur le rythme, les trajectoires et l’intimité de tout un chacun qui se révèle.

Chidgasornpongse parvient à déjouer le road movie familial à la Little Miss Sunshine, bien qu’en en réutilisant les codes, et soutient le regard pour aborder un pays bouillonnant de vie, qui progresse à une vitesse implacable. La population durant des instants suspendus, de rares moments, ceux des célébrations, se retrouver par la spiritualité, même s’ils ne partagent pas la même pratique. Cet espace, le temple, devient alors tout autant glaise qu’antichambre sociétale pour s’interroger sur le monde environnant. Le cinéaste se transforme en alchimiste trouvant constamment la juste recette entre humour, émotion, politique, société et intimité. Chaque personnage est une facette de la société thaïlandaise, mais n’ayez crainte, l’écriture n’est jamais manichéenne, tout y est extrêmement nuancé et méticuleux. Il s’agit d’un jeu de rencontres, d’échanges, d’échos et de vibrations.

Sans céder au fantastique, si ce n’est une clôture poreuse entre les vivants et l’au-delà par une douce mélodie fredonnée, le montage lent et observateur révèle pourtant l’invisible, la matière secrète présente entre les êtres. Le portrait du pays s’affine, les niveaux de croyances créent un relief, tant du côté des moines que de la famille laissant s’exprimer un territoire cosmopolite entre les traces de l’Occident et la multiplicité des religions. Le cadre fixe délicatement déborde. La distance avec l’image se réduit. Une intimité se crée par transparence et l’expérience du spectateur devient matière-liante du film.

Le voyage fait face au drame inéluctable, le décès, d’une manière sereine et délicate. Le film entier est un parcours de deuil à venir et chacun des neuf temples est une étape vers la découverte de l’autre, un tracé somme toute assez classique narrativement qui échappe cependant à la moindre dynamique combinatoire, laissant assez de flottement pour échapper aux limites de la route et des architectures. C’est d’ailleurs par la diversité architecturale qu’un sentiment d’immensité intérieure et d’appel à la pensée que le cinéma de Chidgasornpongse en devient vibratoire.

Mémoire et souvenirs se juxtaposent et apparait alors ce point liminal auquel nous souhaiterions tous accéder à l’aube du départ d’un proche par la nécessité de garder une trace, une image, une parole, une voix. Chidgasornpongse réfléchit alors sur le processus mental en amont de la perte et la conscience, et les réactions, des membres d’une famille face à un chapitre inéluctable, le ciel. Le geste est sûr, gracieux et chaleureux.

Sompot Chidgasornpongse n’est pas juste un élève de Weerasethakul, il est un cinéaste singulier ayant ici réussi à extirper l’architecture du road movie, pour la mêler à l’approche méditative du slow cinema. Il aborde, avec lucidité et délicatesse, la question du deuil à travers le prisme de la complexité moderne, et mondialisée, de la société thaïlandaise.

Neuf Temples vers le Ciel ne cède jamais au sentimentalisme, il pointe une expérience vibratoire. Neuf Temples vers le Ciel est le film le plus apaisant que vous verrez cette année. Un petit miracle.


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