La guerre a détruit le Japon. Godzilla a réduit ses ultimes espoirs à zéro. Deux ans ont passé. Depuis, le pays se bat sans relâche pour se relever et retrouver peu à peu une vie quotidienne. Alors que l’humanité commence enfin à renouer avec une paix difficilement acquise, une nouvelle menace surgit et anéantit tout espoir en un instant.

| Réalisateur : Takashi Yamazaki |
| Acteurs : Ryûnosuke Kamiki, Minami Hamabe |
| Genre : Kaiju |
| Pays : Japon |
| Durée : 135 minutes |
| Date de sortie : 4 novembre 2026 (salles) |
Longtemps restée endormie au Japon, et spoliée par les Etats-Unis depuis le film de Roland Emmerich, la saga, initiée par ishiro Honda en 1954, est revenue sur sa terre natale depuis une petite dizaine d’années avec le malin et politique Shin Godzilla.
Depuis, une flamme a été ravivée au pays de la salamandre atomique, l’envie de ramener définitivement le titan à domicile.
Pendant que l’oncle Sam, lui, se complaît à transformer Godzilla en pompe à fric, déclinant la créature dans un monsterverse à la Marvel, à grands coups de Godzilla vs Kong et autres supercheries, le pays du soleil levant, quant à lui, silencieusement, a réinvesti la licence à sa source, l’après-Seconde Guerre Mondiale, et lui porte un véritable intérêt historique.
En 2023, Godzilla Minus One, sans crier gare, prenait par surprise les salles du monde entier, avec seulement 15 millions de dollars de budget et s’emparait avec hargne de l’Oscar des meilleurs effets spéciaux.
Un pas de géant qui vient rendre les coups aux Etats-Unis.
Ce Minus One abordait en toile de fond l’occupation américaine au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale et l’impossibilité pour le pays de se défendre militairement sans l’aval des vainqueurs du conflit précédent. Au-delà d’un film Kaiju bis repetitae, le film s’imposait comme un regard abrasif sur cette période historique.

Avec Minus Zero, suite directe de Minus One, Takashi Yamazaki enfonce le clou et monte un film qui ne fait pas que pointer du doigt. Cette fois-ci, le cinéaste incendie les Etats-Unis.
Rarement un film japonais, grand public, aura autant montrer sa rancoeur. Il n’y a plus d’images ou de motifs détournés, non, ce nouveau volet de Godzilla ne baisse plus les yeux.
Le Japon s’unit à la bête, fruit de l’horreur nucléaire, pour reprendre les rênes de sa nation.
Il y a dans cette nouvelle approche une dimension mishimienne, allant même jusqu’à la destruction volontaire d’un patrimoine scientifique tout entier pour éviter que les soldats de l’occupation ne s’en emparent, renvoyant directement à l’acte final du Pavillon d’Or.
Ce que vous verrez ici donc c’est l’union d’un peuple et sa mise en marche vers la liberté, au prix du grand sacrifice collectif. Il y est question d’un film-kamikaze tant dans sa forme que dans son message. Yamazaki convoque toute une mythologie, celle des films des années 50/60, rappelle Ghidorah, joue sur le motif musical rétro, questionne l’esprit de corps de la population nippone, observe une jeunesse dévastée et se détourne de l’Histoire.
A la manière de Tarantino dans Inglorious Basterds qui met à mort Adolf Hitler, le réalisateur, ici, change les évènements et se confronte frontalement aux occupants, se défait du sort japonais que nous connaissons en passant par le fantastique.
Godzilla devient l’allié, et non plus la bête à abattre. L’entité qui protégera à l’avenir le pays de l’ingérence américaine.
Yamazaki tisse toute sa narration autour de ce relief.
Le cinéaste offre à la fois un film de grand divertissement, aux séquences dantesques, et chorégraphie les séquences d’action à la manière d’échos du grand récit de résistance que contient le film.
De la première à la dernière seconde le film est un ostinato, se servant de son introduction pachidermique pour propulser l’aventure et trouve un découpage malin lui permettant de définir une pluralité de personnages, une cartographie de l’action minutieuse, une pensée politique et un tour de force en matière d’action.

L’approche mélodramatique du film, quant à elle, qui en fait des caisses, que cela soit dans l’usage de la bande-son, la direction d’acteurs ou encore la photographie, colle plutôt bien à la proposition, jusqu’aux limites acceptables parfois même, certes, mais entretenant un savant jeu d’équilibriste, esquivant la fange misérabiliste de justesse.
Ce n’est pas toujours de bon goût, mais qu’est ce que c’est efficace.
Godzilla Minus Zero est déjà un incontournable du cinéma Kaiju, mais ce n’est pas tout.
Godzilla Minus Hero est une nouvelle référence en matière de cinéma d’action grand public, ne réinventant pas la formule, certes, mais offrant un divertissement grand public audacieux, acide, conscient et turbulent.
L’opposé de ce qu’a à nous offrir Hollywood aujourd’hui.



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