« The Cat » réalisé par Lam Ngai-Choi : Critique et Test Blu-Ray

Quand son ami Li Tung lui conte sa mésaventure avec ses ex-voisins, un vieil homme, accompagné d’une jeune femme et d’un chat noir dans l’appartement desquels il a retrouvé des boyaux sanglants de chat, Wei Si-Lei, écrivain, est quelque peu intrigué. Mais quand il retrouve des poils de chat au musée historique de Hong Kong où deux gardiens ont trouvé la mort lors du vol d’un étrange artefact, Wei fait le lien et plonge dans cette affaire nébuleuse sans imaginer quelle aventure extraordinaire en découlera.

Hong-Kong ne s’arrête plus d’investir nos salles obscures et nos salons.
Depuis le déblocage du catalogue Golden Princess, et par conséquent l’excavation de films cultes qui avaient fait rayonner Hong-Kong à la veille de sa rétrocession durant les 80s, les éditeurs français se sont donnés le mot pour faire (re)découvrir ce cinéma longtemps resté endormi.
Le Chat Qui Fume s’est lancé dans l’aventure, mettant le giallo en suspens pour s’élancer du côté du cinéma survolté HK

L’éditeur comme à son habitude sort tout autant de films cultes que d’oeuvres en dehors des sentiers battus.
De la sorte c’est le cinéma de Lam Ngai-Choi qui est exhumé actuellement, artisan du cinéma hongkongais, touchant à tous les styles avec une énergie peu commune.

Après la découverte de La Septième Malédiction, c’est au tour de Her Vengeance, Rape And Revenge croisé aux films d’arts martiaux, et The Cat, entre horreur et science-fiction, de venir chatouiller nos rétines.

Second arrêt, The Cat.

Réalisateur : Lam Ngai-Choi
Acteurs : Christine Ng, Philip Kwok, Lam Ching-Ying
Genre : Horreur, Science-fiction, Action
Durée : 89 minutes
Pays : Hong-Kong
Date de sortie :
1992 (salles) // 2026 (Blu-Ray)

The Cat, Courses-poursuites, gunfights et extraterrestres, Le proto-Hope de Lam Ngai-Choi

Sortir de la séance du nouveau film de Na Hong-jin, Hope, expérience de cinéma d’action à la fois audacieuse, comique, violente et boursouflée, rentrer chez soi, s’installer dans son canapé et lancer The Cat de Lam Ngai-Choi est une expérience troublante à expérimenter.

Les deux films entretiennent une curieuse fraternité tant dans leurs jusqu’au-boutisme grotesque que par leur lecture politique d’événements imminents.

D’un côté, chez Na Hong-jin, il est question d’invasion en pleine période de tensions entre les deux Corée, les aliens pouvant alors revêtir l’habit des occidentaux.

De l’autre, chez Lam Ngai-Choi, il y a la rétrocession de Hong-Kong à la Chine en ligne de mire et les aliens, ici encore, peuvent être perçus comme une intervention venue du bout du monde, à nouveau l’Occident.

Dans les deux cas, il s’agit de sous-texte politique symbolique, qui chez l’un, et l’autre, ne sont pas le coeur du récit.

Qu’il s’agisse de l’habitué de La Croisette, le réalisateur de The Strangers, ou bien l’un des maîtres de l’ultra-bis de Hong-Kong, le cinéaste derrière Riki-Oh et La Septième Malédiction, il y a une volonté, avant tout, de dynamiter le cinéma de leurs temps, de proposer un cinéma d’action sans concessions s’aventurant dans un tonne de variations des sous-genre d’exploitation à la mode : horreur, science-fiction, humour potache, film-policier…

La grande différence s’opère alors en matière de mode de production, Hope est un blockbuster, The Cat est un film à petit budget.

C’est exactement sur ce coeur différentiel que vient resplendir l’ingéniosité du film de Lam Ngai-Choi. The Cat est un film d’artisan, fait de trucs et astuces, capturant les grands courants et maniérismes de son temps pour les recracher complètement déformés et hallucinés.

Les trucages sautent aux yeux, le jeu d’acteur est limité, mais la proposition est généreuse, peut-être même l’une des plus généreuses et furieuses expériences de l’Ultra-Bis à la Hong-Kongaise.

Le cinéaste ne s’embarque jamais dans la démonstration.

Il s’amuse, se déchaine, et ce, pour le plus grand bonheur des spectateurs, ceux habitués à se faire décoller la rétine par un cinéma qui use des codes sans jamais les respecter.

Dans ce récit de romancier se faisant dépasser par l’écriture de l’un de ses souvenirs fantastiques, le réalisateur entretient une sorte de question-réponse avec la mise en scène et les personnages, trouvant dans cette formule interactive un moyen de ne jamais s’enliser dans des situations de récit à rallonge.

Lam Ngai-Choi devient rapidement le personnage du romancier.

Les idées fusent, le chat apparait, le blob également, la chair se met à fondre, les flingues éclatent dans un ballet de mitraille et le ciel étoilé ouvre un chemin vers une existence extra-terrestre. Cela ne tient pas la route et c’est exactement ce hors piste qui offre à The Cat toute son excitante énergie.

Le cinéaste n’a jamais été autant en roue libre, aussi personnel et fou. C’est exaltant de s’aventurer dans une frénésie de cinéma fauché. Il pleut suffisamment d’idées pour écrire cinq films mais Lam Ngai-Choi ne s’encombre pas et compile le tout d’un seul long-métrage de moins de 90 minutes qui dégueule d’inventivité.

The Cat est un cas d’école.

Une oeuvre qui se moque du bon goût et ramène le cinéma à l’ordre du merveilleux, de l’insaisissable, sorte de mélis décadent sous acide. Devant un tel carnaval de faux sang, de carton-pâte, de mise en scène cartoonesque, de règlements de compte et de danger boiteux, on se retrouve transporté dans l’enfance, le cinéma de vidéo-club, les films interdits, en tailleur face à l’écran cathodique, lobotomisé mais heureux.

Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray

The Cat, sortie inespérée, rejoint en toute logique Le Chat Qui Fume.

Avec un titre pareil comment pouvait-il en être autrement ?

L’édition se présente sous la forme d’un boîtier Scanavo avec fourreau désigné par Tony Stella. C’est simple, beau et classique, le tout chapeauté infographiquement par Frédéric Domont.

Image :

Le master en présence est particulièrement fin.

Comme souvent, Le Chat Qui Fume se préoccupe tout autant de ses classiques que de ses sorties bis. The Cat a donc droit à un master radieux. C’est fabuleux de découvrir les textures carton-pâte, les couleurs pop du sang et autres néons et la précision de l’image offrant une lisibilité inattendue.

La texture pellicule a été conservée et cette matière organique sied à merveille au film.

Note : 8.5 sur 10.

Son :

La piste sonore est particulièrement claire et dynamique, nettoyée de toute trace du temps, sans saturation ni voile.

C’est frontal et direct, la manière d’être cinéaste de Lam Ngai-Choi.

Note : 8 sur 10.

Suppléments :

Le Chat Qui Fume a toujours le nez pour offrir des suppléments complémentaires. Ici, l’éditeur propose une introduction au film pour la moins complète revenant sur le cinéaste, la place du film dans sa filmographie et le contexte hongkongais de l’époque mais donne également dans un second bonus la parole à l’équipe de tournage allant du scénariste au producteur en passant par l’assistant réalisateur et l’actrice, supplément qui permet de saisir pleinement le climat autour du projet et le fonctionnement de l’équipe sur le plateau.

Pour couronner le tout, l’éditeur a ajouté un montage alternatif du film.

• Présentation par Arnaud Lanuque (13 min)
• Chat Crebleu ! Interview du scénariste Gordon Chan, de l’assistant réalisateur Sam Leong, de l’actrice Gloria Yip et du producteur CHua Lam (20 min 30)
• Neuf vies réalisé par Mio Hani, montage japonais du film (1h36, sous-titré français)
• Films annonces

Note : 8 sur 10.

Pour découvrir The Cat en Blu-Ray : https://lechatquifume.myshopify.com/products/the-cat?srsltid=AYCX9vLyU-F8heE9UPX-y8htUBhY-vKRArtAs_yQRe8VF8a5qcQi7nLA

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