A Tout Prix : Analyse et Test Blu-Ray

Réalisateur : Yann Danh
Acteurs : Fatima Adoum, Onna Clairin, Franck Sarrabas, Pascal Henault, Bruno Henry, Marc Duret, Simon Frenay
Genre : Polar
Pays : France
Durée : 15 minutes
Date de Sortie (Salles) : 2012
Date de Sortie (Blu-Ray) :
Juin 2021
Prix du Public (Festival International du Film Policier de Liège)
Meilleur Thriller (Festival de Pentedattilo)
Prix de La technique (Festival de Puteaux)
Coup de Cœur du président du Jury (Festival Genre III)
Prix du meilleur Court Métrage (Awardeo Festival)

Synopsis : Suite à la délocalisation de leur entreprise, trois sacrifiés du système prennent les armes et kidnappent leur ex-patron. Bien que leur demande de rançon ait été rejetée, ils comptent bien prouver qu’ils sont prêts à tout pour obtenir l’argent qu’ils réclament.

Sorti en 2012, A Tout Prix, court-métrage au parcours atypique, réalisé par Yann Danh se revient à notre bon souvenir par l’intermédiaire de The Ecstasy Of Films.
Le court-métrage à la lisière des cinémas entre polar et horreur, d’une quinzaine de minutes, avait laissé une trace conséquente dans l’esprit des cinéphiles français. Dépassant la simple distribution des ordinaires « soirées courts-métrages » de par la qualité et le caractère direct, violent, loin de toute bienveillance de la proposition du cinéaste français. Le film a pu se targuer d’une tournée des cinémas dont une séance d’anthologie au Max Linder, salle de légende aux 580 fauteuils répartis sur 3 étages à l’écran incurvé atteignant les 107m².

Le beau parcours du court-métrage de Yann Danh poursuit son chemin, neuf ans plus tard, avec sa sortie sur support physique pour ancrer la bête au cœur du paysage cinématographique hexagonal.

L’article reviendra sur l’édition Blu-Ray d’A Tout Prix et s’organisera de la manière suivante :

I) La critique d’A Tout Prix

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray

I) La critique d’A Tout Prix

Du prolétariat à la bourgeoisie, la France a mal

La proposition de Yann Danh nous plonge dans une vision dystopique de la France qui bien qu’ancrée dans son époque, le fin du quinquennat Sarkozy, continue de résonner au coeur des politiques d’Etat actuelles, et très certainement futures. A Tout Prix, porte un regard pyramidal sur la France, des ouvriers aux dirigeants politiques.
On y découvre une société reposant sur la théorie du ruissellement entre magouilles financières et criminalité. De par son propos éminemment politique, le cinéaste dresse une galerie de personnages tous plus marquants et étudiés les uns que les autres, image figée d’une structure crapuleuse de son temps.

Yann Danh a le don de faire naître une pluralité d’individus, de points de vue et de sphères sociales en une poignée de secondes.
A Tout Prix n’est pas le film de la recherche, de la pensée ni même du constat, A Tout Prix est l’impasse, la mort des citoyens par les citoyens, le photogramme d’une société enchaînée, prête au grand voyage.
Lorsque les dirigeants frappent, le peuple rétorque, la balance des violences se réveille, la route vers la Bastille s’ouvre à nouveau.

Les ouvriers, pour l’argent -et donc la liberté-, saisissent leur destin dans la torture et la haine.
Les patrons, gardiens avares et aveugles de leurs pécules, deviennent interchangeables, bêtes à abattre.
Les journalistes, dans l’entre-monde, se jouent de la faille sociale, accentuent la fissure.
Les politiques, sous l’apparat de la sécurité et de la justice, ne sont que des généraux dépendants de la finance, accrocs à la monnaie.

C’est dans ce monde où la seule survie passe par la maille que Yann Danh organise sa danse ultraviolente entre les corps, les classes, pour nous convier à une vile et terrifiante mascarade, où la France laisse s’échapper quelques larmes de sang.

L’art de l’ellipse

La force du film de Yann Danh repose sur sa capacité à user de l’ellipse, apportant un dynamisme redoutable au spectacle qu’il nous propose.
Au coeur de ce film d’enlèvement, nous ne voyons pas le rapt, nous ne connaissons pas le plan des truands et pourtant nous comprenons, et saisissons le propos. Une mise en scène rappelant un certain Reservoir Dogs, film de braquage sans séquence de braquage réalisé par Quentin Tarantino.
Le cinéaste réussit à jouer avec le montage, nerveux, et les dialogues pour développer une société stratifiée avec pas moins de huit personnages, pour quinze minutes de film, qui parviennent en quelques instants à trouver leur place, à se développer et à prendre réalité.

C’est d’ailleurs le caractère le plus glaçant de l’oeuvre. Nous connaissons ce monde ultra-violent, ses mécanismes, sa cruauté et ses motivations, car bien que s’agissant d’une dystopie, il n’est en réalité question que d’une société : la notre.
Il n’y a alors plus besoin de poser le décor, de creuser inutilement la dimension socio-économique du pays. Le réalisateur en a conscience fait appel à nos savoirs propres pour se libérer de la lourdeur des propos introductifs, et nous plonger dans l’horreur, celle imaginée par tout un chacun, qui prend ici forme avec maîtrise.
Il n’est nul besoin d’introduire le quotidien des personnages et les mécanismes institutionnels pour comprendre la situation, ici il n’est question que de rage, de colère, de violence primaire, celle de l’espèce humaine.

Une maîtrise qui ne prend pas nécessairement racine sur le jeu d’acteurs, mais plutôt sur la mise en scène, la manière dont est orchestrée l’histoire, entre plans irascibles et montage épidermique.

Du polar au cinéma d’horreur, la création d’un espace d’expression singulier

A Tout Prix réussit très rapidement à plonger le spectateur dans un imaginaire cinématographique cinéphile imposant. Sans jamais vraiment donner de références nettes, le court-métrage nous renvoie à des paysages de cinémas familiers sans jamais s’y ancrer totalement, faisant de lui une oeuvre libre, en dehors des genres, bien qu’héritier d’un cinéma d’exploitation évident.

Le polar est en cela le sous-genre qui nous saute le plus aux yeux. Il est difficile de ne pas penser aux policiers crapuleux de Serge Leroy, ou ressentir la présence de Le Convoyeur réalisé par Nicolas Boukhrief, dans la construction verticale de la société, avec ces flics perdus, et autres représentants institutionnels, dans un échiquier trop grand pour eux, pris en étau entre les politiques, la corruption et la rage du peuple.
Pourtant il n’est pas question ici de suivre la police, seul l’ambiance de cette frange du cinéma français transparaît. Le film lorgne du côté du cinéma d’horreur de par sa violence exacerbée ainsi que de par l’atmosphère étouffante, agonisante, créée par Yann Danh convoquant alors des ailleurs de poliziottesco, faisant planer l’ombre de films tels que La Guerre Des Gangs de Lucio Fulci, Comme Des Chiens Enragés de Mario Imperoli ou encore Salut Les Pourris de Fernando Di Leo.

Les masques portés par les truands, oppressants et terrifiants, renvoient également à l’incontournable Killing Zoe de Roger Avary.

C’est dans ce vivier référentiel que naît le caractère assez singulier et surprenant d’A Tout Prix.

A Tout Prix, un pour tous, tous pourris

A Tout Prix est un court-métrage coup de poing qui étourdit de par son calibrage direct, sans pitié, offrant un espace d’expression fascinant où Yann Danh s’amuse à nous offrir une belle dérouillée.
Bien que le jeu d’acteurs ne soit pas toujours au rendez-vous, on se laisse emporter dès la première image par une mise en scène qui nous arrache au confort de notre canapé.
A Tout Prix est une belle proposition de braquage sociétal, celle qui menace le spectateur, vient le chercher dans sa zone de confort pour lui rappeler le caractère belliqueux du genre humain.

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray

Image :

Note : 8 sur 10.

La version HD proposée est impeccable, la photographie du réalisateur et ses partis pris, assez sombre avec un léger vignettage pour recentrer le regard au centre du film ressortent à merveille.
Le niveau de contraste, est bien travaillé donnant de beaux résultats entre lumière et obscurité. De plus la netteté de l’image est superbe décuplant l’impact de l’oeuvre et offrant une belle combinaison avec la colorimétrie jouant sur les couleurs vives pour casser la photographie froide et venir accompagner la violence du film.

Une réussite.

Note de l’éditeur : « Ce Blu-Ray vous est présenté dans sa globalité au format HD 50i.
Dans un souci de respecter l’oeuvre du réalisateur, il a été décidé unillatéralement de conserver le matériel d’origine livré par Yann Danh en ne procédant à aucune conversion de vitesse d’image ou de son pour ne pas altérer les courts.
Merci de votre compréhension et bonne séance. »


Son :

Note : 7 sur 10.

La version française du film est proposée en piste sonore 2.0 et 5.1 :

La version DTS-HD 2.0 : La proposition 2.0 est exemplaire en terme de clarté. Le mix est équilibré entre voix, bande-son et ambiance sonore, sans que jamais les pistes ne viennent s’écraser les unes les autres. Le film ne cesse de monter en puissance dans le travail autour de son ambiance sonore et réussit à pourtant canaliser le tout sans écraser le spectateur sous une pluie de décibels.

La version DTS-HD 5.1 : La proposition 5.1, reprend toute la réussite de la proposition 2.0 et apporte une expérience cinéma bien plus conséquente avec une très belle spatialisation, venant apporter toute la violence de l’oeuvre au coeur de votre salon.

Note de l’éditeur : « Ce Blu-Ray vous est présenté dans sa globalité au format HD 50i.
Dans un souci de respecter l’oeuvre du réalisateur, il a été décidé unillatéralement de conserver le matériel d’origine livré par Yann Danh en ne procédant à aucune conversion de vitesse d’image ou de son pour ne pas altérer les courts.
Merci de votre compréhension et bonne séance. »


Suppléments :

Note : 10 sur 10.

The Ecstasy Of Films est habitué à proposer des éditions pleines à craquer de suppléments, offrant une plongée fascinante au coeur de nos oeuvres préférées.
Cependant, il était difficile d’imaginer un tel traitement pour la sortie du court-métrage de Yann Danh. L’éditeur français surprend alors en proposant à la fois une édition physique d’un court-métrage de 15 minutes mais va encore plus loin en offrant plus de 95 minutes de bonus.

La liste détaillée commence ici :

  • Promoreel (1min12)

Bande-Annonce promotionnelle internationale du film, mêlant séquences du film et rappel des prix obtenus par ce dernier.

  • Commentaire audio de Yann Danh par l’équipe de Digital Ciné

Réalisé sept ans après le tournage, le commentaire audio de Yann Danh n’en reste pas moins intéressant. Le réalisateur apporte beaucoup de précisions et d’anecdotes sur les conditions de tournage ainsi qu’autour du travail avec les acteurs.

  • Visuels (4min25)

Le supplément qui se cache sous l’énigmatique nomination « Visuels » est surprenant. Dans un premier temps, il propose des photographies du scénario annoté, puis dévoile des dessins préliminaires ainsi que diverses affiches.
Saisissez votre télécommande, placez votre pouce au-dessus de la touche pause, rapprochez votre fauteuil et prenez le temps d’explorer le scénario de Yann Danh qui donne à voir les coulisses de son court-métrage, pour ensuite mettre en lumière le passage de l’écrit à l’image.

  • A tout prix démasqué (22min31)

Riche interview, donnant un éclairage sur la conception de l’oeuvre des premières heures d’écriture à la post-production avec plusieurs intervenants du réalisateur jusqu’au coscénariste Mahi Bena en passant par Pascal Henault et Franck Sarrabas, acteurs du film ou encore Anthony D’amario, compositeur.

Après ce A tout prix démasqué, le court-métrage de Yann Danh n’aura plus aucun secret pour vous.

  • The Fulci connection (2min47)

Yann Danh effectue une courte analyse de La Guerre Des Gangs réalisé par Lucio Fulci afin d’en extraire le propos qu’il a souhaité insuffler à A Tout Prix. L’entretien est court, pourtant le réalisateur réussit à canaliser sa pensée pour nous offrir une belle idée de l’interconnexion entre les deux œuvres.

Le supplément était présent sur l’édition DVD de La Guerre Des Gangs de Lucio Fulci, où paraissait déjà le court-métrage de Yann Danh.

  • David A tout prix – Entretien avec David Scherer (2min59)

David Scherer, artisan des effets spéciaux, revient sur son expérience sur le tournage. Le supplément permet de percevoir l’ambiance sur le plateau de tournage. Peu de détails sont cependant apportés sur la réalisation des effets spéciaux.

Le supplément était présent sur l’édition DVD de La Guerre Des Gangs de Lucio Fulci, où paraissait déjà le court-métrage de Yann Danh.

  • Interview Yann Danh par Digital Ciné à la boutique METALUNA : A bras le corps (36min55)

Sandy Gillet, journaliste chez Digital Ciné, propose un entretien fleuve avec Yann Danh, au coeur de Metaluna Store, et va couvrir toutes les zones ombragées, non encore défrichés par les multiples suppléments de l’édition, autour du travail du cinéaste, et plus particulièrement dans la direction de l’après A Tout Prix.

Le supplément nous conduit parmi les premiers émois de cinéma du cinéaste, entre Scorsese et Leone, puis revient sur l’avant A Tout Prix, pour creuser par la suite des points spécifiques relatifs au tournage du court-métrage, et ouvrir les horizons futurs de la carrière de Yann Danh qui après la parution d’une telle édition chez The Ecstasy Of Films devient un réalisateur qui intrigue, et chez qui nous rêverions de découvrir un premier long-métrage.

  • Soundtrack du film : 7 pistes audio

La soundtrack du film composée par Anthony D’amario, avec un diaporama des images du film.

  • Projection du film au Max Linder (3min27)

Retour sur la soirée au Max Linder, consécration du film par le public.


Autour du réalisateur :

  • FACTEUR HUMAIN (2002 – 14min52) :

Premier court-métrage de Yann Danh, Facteur Humain est l’histoire d’un cambriolage qui tourne mal. Le film traite de la difficulté de s’en tenir au plan, sans que l’imaginaire et la dimension humaine ne s’en mêle.
Le film est une réussite totale, le cinéaste réussit à nous plonger dans ce calvaire d’une nuit où toutes les perfidies semblent s’inviter.
Ne retenez pas seulement A Tout Prix, car Facteur Humain sidère, révolte, captive.

  • LE CLOWN (2006 – 2min40)

Bande-annonce d’un projet de long-métrage.

  • CLIP OPIUM DU PEUPLE – CHAAD (2009 – 3min22)
  • Clip de Rap réalisé par Yann Danh

    • ALWAYS (2015 – 6min17)

    Always est la proposition la plus récente du réalisateur et permet de disposer d’un regard nouveau autour du travail de Yann Danh, approchant le concept du couple avec un drame terrassant.
    On retrouve la signature du cinéaste entre montage nerveux, création de personnages complets et complexes en une poignée de secondes et Twist Final.
    Une ouverture vers un cinéma, loin du monde crapuleux que Yann Danh approche habituellement, et permettant une fois encore de révéler une vision singulière.


    Note Globale :

    Note : 8 sur 10.

    The Ecstasy Of Films tape fort, avec talent et audace, en proposant une version Blu-Ray autour de A Tout Prix et plus largement de son réalisateur Yann Danh, connu seulement des cinéphages gourmands, qui risque d’en épater plus d’un entre entretiens fleuves, mines informationnelles, et intégralité de la filmographie du réalisateur, de 2002 à 2015, qui restera à coup sûr une édition culte.

    L’édition Blu-Ray d’A Tout Prix réalisé par Yann Danh est disponible aux adresses suivantes :

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