Benedetta : Critique

Réalisateur : Paul Verhoeven
Acteurs : Virginie Efira, Daphné Patakia, Charlotte Rampling, Lambert Wilson
Genre : Drame érotique
Durée : 127 minutes
Date De Sortie : 9 Juillet 2021
En Compétition, Festival De Cannes 2021

Synopsis : Au 17ème siècle, alors que la peste se propage en Italie, la très jeune Benedetta Carlini rejoint le couvent de Pescia en Toscane. Dès son plus jeune âge, Benedetta est capable de faire des miracles et sa présence au sein de sa nouvelle communauté va changer bien des choses dans la vie des soeurs.

Annoncé seulement quelques mois après la sortie du remarquable Elle, Benedetta nouvelle réalisation française de Paul Verhoeven a tout de suite su susciter la curiosité du public.
Le film énigmatique dans sa promotion depuis plusieurs années, machine à fantasme gardée par une affiche à l’érotisme latent, au blanc religieux des robes laissant se dévoiler par delà l’habit de Dieu une poitrine de femme, rappelait les heures de gloire passées du cinéaste avec Basic Instinct, et révélait un casting surprenant, mené par Virginie Efira suivi de Charlotte Rampling et Lambert Wilson avait de quoi intriguer.

Terminé depuis plus d’un an désormais, le film s’est frayé un chemin vers l’édition 2021 du Festival De Cannes en compétition officielle à la course à la Palme D’Or. Benedetta est la troisième sélection officielle cannoise pour le cinéaste hollandais après Basic Instinct en 1994 et Elle en 2017.

Paul Verhoeven, le Hollandais violent

Depuis le début des années 70, Paul Verhoeven est artisan d’un cinéma à la fois violent et irrévérencieux, il opte pour des récits aux rebondissements multiples et à l’ultra-violence fascinante.

De Turkish Delices à Elle en passant par Robocop, Total Recall, Hollow Man, Showgirls ou encore Basic Instinct, le réalisateur hollandais n’a jamais cessé de blesser les spectateurs entre meurtres, viols, deals crapuleux et lecture sociétale par les marginaux.
Le cinéma de Verhoeven, bien qu’aux thématiques récurrentes, ne stagne pas et voyage d’un genre à l’autre du cinéma de super-justicier à la science-fiction spatiale en passant par le film d’anticipation ou encore les reconstitutions historiques. Une pluralité dimensionnelle qui semble se juxtaposer à travers les bribes informationnelles que nous détenons autour d’un Benedetta désormais, rêvé, fantasmé, qui espérons le se dévoilera en tant qu’incontournable.

Délivrez-nous du mal

Benedetta ouvre son propos avec une séquence révélatrice de l’essence même du film, qui en un instant fait basculer tous nos espoirs de découvrir un nouveau grand Verhoeven, dans une illusion, à laquelle nous n’accéderons jamais. Le film ne fonctionne pas, le malaise s’installe entre volonté d’effrayer, de fasciner tout en souhaitant apporter une touche comique virant maladroitement au grand-guignolesque. Le réalisateur sombre dans une réalisation de troisième zone.

Les décors peinent à nous projeter en pleine Italie rongée par la peste, les rues sont écarlates, la lumière artificielle, les costumes semblent avoir été négociés à la friperie médiévale de la forteresse du coin, les dialogues frisent le ridicule, et les acteurs survivent dans ce chaos ambiant où le sens du blasphème est bien pâle, jouant sur des codes dépassés qui il y a déjà 40 ans auraient porté à sourire.

On se pose alors la question de la pertinence du propos autour du pouvoir de l’église dans la pensée populaire qui depuis des décennies est moquée, décriée, auscultée de fond en comble pour ne plus lui laisser aucune légitimité. C’est cette vision que Verhoeven a dû manquer, se comportant en adolescent écervelé mêlant un érotisme blême et une volonté de révolte contre l’ordre religieux, qui depuis belles lurettes n’a plus de véritable emprise sur la population.
En nous offrant un patchwork maladroit de Le Décaméron de Pier Paolo Pasolini, La Religieuse de Jacques Rivette et une grosse dose de Nunsploitation, rappelant Novices Libertines réalisé par Bruno Mattei, Benedetta ne cesse de creuser et réussit à nous surprendre plan après plan de par sa médiocrité.

Le Couvent De La Bête Sacrée

Là où le film de Verhoeven parvient à de rares reprises à sortir la tête de l’eau, c’est lorsqu’il se détache de toute volonté de penser, philosopher la religion, qu’il se laisse aux méandres d’un cinéma d’exploitation violent, loin de toute reconstitution, loin de toute mise en scène futile des jeux de pouvoir. Il n’y a aucun doute le réalisateur sait filmer la douleur, l’effroi, le dégoût tout comme il est un fin compositeur en matière de sensualité, félicité et lubricité.

Benedetta est d’ailleurs bien plus à son aise dans sa forme de cinéma d’exploitation, que dans son fond de cinéma auteurisant. Un constat qui ne cesse de sauter aux yeux dès lors que les effets spéciaux entrent en jeu, faisant penser à une mauvaise farce numérique, où lors d’apparitions divinatoires risibles de Jésus en personne, nous nous interrogeons sur la légitimité de sortir un tel film en salles.

Il est difficile en cela de juger le jeu des acteurs tant l’absurdité du propos est difficilement défendable. Virginie Efira, surprend, se donne corps et âme, dans ce projet abracadabrantesque de Paul Verhoeven, et l’on ne peut pas lui jeter la pierre si sa performance a du mal à prendre, elle n’en est pas totalement responsable, elle est la martyre de cette triste mascarade.
Reste cependant une performance glaçante et captivante de la part de Charlotte Rampling qui n’avait pas atteint ce niveau depuis le Melancholia de Lars VonTrier, tout comme un Lambert Wilson crédible qui renoue avec des rôles où son travail s’affiche avec éclat.
Daphné Patakia, quant à elle, se révèle comme figure nouvelle intéressante du cinéma français, bien que comme son amour de couvent, Virginie Efira, ne parvient pas à sortir de ce mêli-mêlo où les concepts « blasphématoires », de l’homosexualité à la recherche du plaisir charnel en passant par la « sorcellerie », ne sont jamais étudiés mais bien plutôt compilés.

Ayez pitié de nous, Soeur Benedetta

Benedetta est à l’image de sa scène de latrines, et son orchestre de flatulences, une farce malade qui s’amuse à attaquer une institution qui est plus basse que terre depuis de nombreuses décennies et où le blasphème n’est plus un concept effrayant. Paul Verhoeven arrive après la bataille, une bataille qui touchait déjà à sa fin dès le début de sa carrière, durant les années 70, il y a déjà cinquante ans.
Cependant, Benedetta reste un plaisir de cinéma d’exploitation vile, qui réussira à charmer si l’on s’affranchit de sa philosophie pour se concentrer sur sa lecture entre violence et érotisme, domaine familier du cinéaste.

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