The Sparks Brothers : Critique

Réalisateur : Edgar Wright
Genre : Documentaire
Durée : 135 minutes
Pays : USA / Royaume-Uni
Date De Sortie : 28 Juillet 2021

Propos : The Sparks Brothers est une odyssée musicale qui raconte cinq décennies à la fois étranges et merveilleuses avec les frères/membres du groupe Ron et Russell Mael, qui célèbrent l’héritage inspirant des Sparks : le groupe préféré de votre groupe préféré.

Après plus de cinquante années de carrière, l’année 2021 est définitivement celle des Sparks. La formation initiée en 1968 par les frères Ron et Russel Mael a su traverser les décennies, les genres, les modes ainsi que les médias à travers un parcours inégalement apprécié, connu, représenté et pourtant à la constance qualitative surprenante.
Le chemin des Sparks n’est pas celui de The Rolling Stones, The Beatles, Queen, David Bowie, Pink Floyd ou encore Led Zeppelin. Il ne fut pas si évident, perçu comme oeuvre incontournable mais promis à l’obscurité.
Pourtant par-delà les difficultés, la fratrie n’a jamais cédé, oublié l’importance de l’expérimentation, de l’avant-garde et a su offrir une discographie totalisant pas moins de 25 albums où chaque pièce est un monde onirique singulier, aux sonorités nouvelles, à l’énergie hypnotique.

Après avoir écrit et composé le fabuleux Annette de Leos Carax, Prix De La Mise En Scène au Festival De Cannes, 2021 marque également l’arrivée du documentaire The Sparks Brothers réalisé par Edgar Wright, réalisateur pop et survolté de la trilogie Cornetto. Une promesse qui a de quoi allécher, susciter l’intérêt, lorsque l’on connaît l’amour pour la pop culture et le caractère hystérique de l’oeuvre d’Edgar Wright.
Les Sparks percent enfin le mystère du septième art après un projet avorté avec Jacques Tati et un travail annulé avec Tim Burton, ils parviennent à illuminer les salles en accompagnant Leos Carax, et en se confiant à Edgar Wright.
Tout ce que nous avons toujours voulu connaître sur les Sparks sans jamais oser le demander s’ouvre à nous, à travers un récit fleuve passant en revue la totalité de leur carrière.

Edgar Wright, entre échauffement zygomatique et regard halluciné, la trans-dimensionnelle absurdité

Edgar Wright a réussi en plus d’une décennie à s’affirmer comme réalisateur britannique majeur. En mariant humour, violence et magma de Pop Culture, sa filmographie a su surprendre, divisant les spectateurs de façon marquée.
Depuis Shaun Of The Dead, film de zombies, Edgar Wright pose son pied dans des territoires cinématographiques connus, les passe à la moulinette parodique afin d’ouvrir de manière assez étonnante, presque roublarde, un monde parallèle, une interstice des genres qui dépasse la simple caricature, et révèle l’imaginaire illimité de son créateur.

Sa filmographie ne semble connaître aucune limite dans les genres abordés entre les zombies de Shaun Of The Dead, le film d’enquête et son duo de flics absurdes avec Hot Fuzz, le mirage épileptico-vidéo-ludique de Scott Pilgrim, la nerveuse proposition de braquage routier de Baby Driver ou encore sa future réinterprétation du giallo avec Last Night In Soho.

C’est dans cette démarche infinie, sans aucune frontière que la vision d’Edgar Wright croise la démarche des Sparks. Une ouverture à la création sans bornes qui éblouit.
Dans leurs tourbillons novateurs respectifs tant dans le fond que dans la forme, le croisement des arts et des artistes semble ici approcher une certaine perfection.
Dès les premiers instants du documentaire, nous comprenons l’évidence de ce projet, son caractère libre dépassant les limites du simple documentaire, offrant un voyage psycho-historique sidérant entre images d’archives et stop motion.

Sparks, le goût de l’aventure

Sparks a traversé les décennies, parfois en accédant à la lumière, d’autres fois en créant dans l’ombre, sans pour autant jamais douter de leurs idées, avançant dans leur imaginaire qu’ils soient soutenus ou non, passant du Rock à l’Electro, du Heavy Metal à la comédie musicale. Ils livrent un voyage déconcertant célébrant avant tout une musique ressentie, spontanée, en dehors des circuits conventionnés et conventionnels.
Sparks est un défi, celui de créer sans jamais vouloir plaire. Sparks est un pari, celui de la liberté.
The Sparks Brothers est la carte pour s’orienter dans ce pays des songes que l’on fantasmait de découvrir, ressentir, sans nécessairement chercher à le comprendre.

Sans se dévoiler dans leur intimité, en drapant leur nom d’un voile d’un ingénieux mystère, le groupe a trouvé la recette vers l’immortalité, en interrogeant toujours son auditoire, en interloquant par ses virages sans jamais se justifier, sans jamais rendre de compte à personne.
C’est cette fascinante intangibilité que Edgar Wright vient essayer d’éclairer sans pour autant désosser et faire s’évaporer l’aura mystique planant au-dessus de frères Mael. Il propose, dans sa démarche, d’accompagner l’emblématique duo à travers un voyage où eux seuls décideront ou non de nous faire voir l’invisible, d’accéder au laboratoire où les rêves prennent vie.

Vers les Sparks et au-delà

Edgar Wright pour nous raconter l’histoire des Sparks, prend le parti d’un montage survolté, aux formes multiples, et au dynamisme ébouriffant. Il n’hésite pas à casser les plans, tordre le réel et créer des décors entre collage et pâte à modeler pour mettre en image l’imaginaire des frères Mael. La formule fonctionne et très rapidement, que nous connaissions ou non le groupe, une véritable fascination naît de cette création hybride, qui fait le pari de remonter 50 ans d’histoire, et 25 albums.
Le documentaire nous est narré par Ron et Russel Mael, avec des intermèdes où prennent la parole des intervenants de l’époque, de la petite amie au producteur, jusqu’aux musiciens d’aujourd’hui explorant les Sparks comme influence majeur de la musique moderne, avec entre autres Duran Duran, Beck ou encore Flea.

Le travail colossal que met en chantier Wright nous emporte dès les premières secondes, mais nous perd dans sa durée et ses myriades d’informations. La densité du contenu est telle que toutes les pirouettes graphiques de Wright nous égarent dans cette carrière fleuve aux mille recoins. La mise en scène du cinéaste britannique surprend dans les premières minutes, nous empoigne jusqu’à révéler un procédé narratif virant parfois à la rengaine.
L’histoire n’est pas une infinie répétition, la vie des Sparks ne cesse d’évoluer, les années, les couleurs, les sonorités se métamorphosent, mais la forme du documentaire, elle, reste sensiblement inchangée. L’introduction en feu d’artifices promettait une hypnose totale là où finalement le cheminement documentaire classique reprend rapidement sa place, faisant quelque peu s’évaporer le regard du réalisateur.

Cependant, il ne s’agit en rien d’un mal, d’un reproche. La proposition qui nous est faite est fascinante. En découvrant l’histoire des Sparks nous découvrons les coulisses de cinq décennies d’évolutions musicales, avec une passion qui pousse au rêve nous faisant (re)découvrir l’un si ce n’est le plus grand groupe de Rock existant.
Ce procédé d’exhumation dépasse ainsi ce que l’on avait pu voir avec Anvil et le documentaire de Robb Reiner, The Story Of Anvil, qui avait un regard bien plus nostalgique que la proposition d’Edgar Wright nous faisant voir l’avenir comme source d’éternelle surprise, ce documentaire comme étape dans la carrière encore prometteuse des frères Mael.

The Sparks Brothers, phœnix miraculeux

Avec The Sparks Brothers, Edgar Wright réussit le pari presque archéologique de déterrer le groupe de Rock le plus mésestimé de ses cinquante dernières années, et à introduire les Sparks comme entité musicale internationale essentielle, primordiale.
Il retrace cinq décennies de musique en affichant l’apport fondamental de la formation américaine dans le façonnement des mouvements musicaux majeurs que nous connaissons aujourd’hui. Edgar Wright, à travers un travail d’une minutie fascinante, nous permet enfin de (re)découvrir l’appel à la liberté qu’est la musique des frères Mael.

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