Clash : Critique et Test Blu-Ray

Réalisateur : Rahaël Delpard
Acteurs : Catherine Alric, Pierre Clementi
Genre : Horreur
Durée : 92 minutes
Pays : France / Yougoslavie
Date de sortie (salles) : 1984
Date de sortie (Blu-Ray/UHD) : Juilet 2021

Synopsis : Au début des années 1980, dans une usine de mannequins désaffectée, une jeune femme, Martine, attend la venue de son ami Bé Schmuller, qui lui a confié le butin d’un hold-up perpétré par ses hommes de main. Tandis qu’elle patiente avant l’arrivée des gangsters, Martine, en proie à des hallucinations, réalise qu’elle n’est pas seule dans ce lieu désolé. Un mystérieux inconnu, surgi de nulle part, vient à sa rencontre. La présence du jeune homme silencieux finit par la réconforter. Mais cet individu étrange existe-t-il vraiment, ou n’est-il que le fruit des fantasmes de Martine ?

Le Chat Qui Fume, éditeur spécialisé dans le cinéma d’exploitation, prend plaisir depuis quelques années à mettre un point d’honneur au cinéma français. L’éditeur a su exhumer des œuvres rares, parfois même perdues, telles que Haine réalisé par de Dominique Goult, La Traque de Serge Leroy ou encore Les Loulous de Patrick Cabouat. Le Chat Qui Fume a également rendu hommage à des cinéastes français oubliés allant de Claude Mulot à Michel Lemoine.

Ainsi, dans cette logique de renaissance du cinéma français, l’éditeur a su redorer l’image de La Nuit De La Mort réalisé par Raphaël Delpard, film réduit à l’oubli, étant sorti en salles à la même date qu’un certain Shining réalisé par Stanley Kubrick.
Une sortie qui a attiré les regards autour d’un cinéaste méconnu à l’étrange carrière, qui n’aura connu que deux échappées vers les territoires fantastiques. Une proposition qui a appelé à (re)découvrir l’autre vision horrifique de Raphaël Delpard : Clash.

Le Chat Qui Fume nous propose pour se (re)plonger dans cette oeuvre à part une restauration 4K à partir des négatifs son et image d’orgine. Un travail d’exhumation qui trouve son accomplissement à travers une édition comprenant le film en Blu-Ray et Blu-Ray 4K, sans HDR.

L’article s’articulera de la façon suivante :

I) La critique de Clash

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray

I) La critique de Clash

Raphaël Delpard, à la recherche de la vision perdue

Raphaël Delpard, marionnettiste et homme de théâtre de formation, est un artiste au parcours protéiforme, touche à tou,t qui par delà le cinéma s’intéresse à de multiples formes d’expressions.

En débutant sa carrière pour le septième art en tant que scénariste pour Mocky ou encore Peckinpah, il réussit à trouver une place, durant quelques années, et surtout une fenêtre pour réaliser une voie d’expression qui lui tient à cœur : le cinéma fantastique.
Il propose alors La Nuit De La Mort, film d’horreur à la structure somme toute classique mais au sujet pour le moins dérangeant : la pratique du cannibalisme dans un cercle du troisième âge. Le film a eu du mal à rencontrer son public mais a réussi néanmoins à se forger une petite réputation, permettant la mise en chantier de Clash, film à la structure novatrice, à la narration poétique, balayant totalement les bases installées par La Nuit De La Mort.

La carrière cinématographique de Delpard fut également semée d’oeuvres de commande bien loin de ses terres fantastiques avec par exemple Les Bidasses Aux Grandes Maoeuvres. Il se dédie depuis 1993 de manière presque essentielle à la littérature.

Martine et les Maximonstres

Raphaël Delpard, avec Clash, prend le contre-pied de ce qu’il avait pu proposer quelques années auparavant avec La Nuit De La Mort. Il met à nu tout son univers, le rend minimaliste et entreprend un voyage vers un langage cinématographique différent. Loin du mouroir dégueulant d’objets et totems du troisième âge qu’était la maison de retraite de son précédent film d’horreur, il restreint les personnages, et focalise son attention essentiellement sur l’héroïne du récit. Le cinéaste fait le difficile pari de bâtir une nouvelle cathédrale et part vivre loin de sa proposition passée. Seul reste un amour du sang, liquide rédempteur, portail vers la libération des maux du corps et de l’esprit.
Un saut dans la nuit qui propulse Clash vers des ailleurs mystérieux, à la finesse d’écriture que nous ne pouvions distinguer avec La Nuit De La Mort.

Delpard prend plaisir à dissiper la frontière entre les genres afin de saisir notre regard, nos pensées dès les premiers instants, faisant débuter l’oeuvre dans des territoires rappelant le polar pour terminer dans des virages onirico-horrifiques.
En brouillant les pistes entre les approches de cinéma, le réalisateur conçoit très rapidement, sans que l’on ne s’en aperçoive une lecture bi-dimensionnelle, avec d’une part, le monde des hommes, celui des crimes, des truands et des magouilles à la réalité fumante des bouts de canons, et de l’autre, un voyage halluciné au cœur de la psyché de Martine, personnage principal, gardienne de l’argent d’un hold-up devant attendre quelques jours dans une usine de mannequin désaffectée, porte vers le fantastique, sentier vers les névroses enterrées.

En optant pour l’usine abandonnée, Raphaël Delpard installe le récit dans un espace vierge de toutes représentations personnelles. Il oppose l’imaginaire à la froideur du béton. Il confronte la pensée à la solitude. Il convie les fantômes et les peurs, dans cette cage de ciment, pour dévoiler un carnaval cauchemardesque où le réel et l’imaginaire ne cessent de danser, brouillant les dimensions, faisant plonger Martine, tout comme le spectateur, dans un trouble jeu de piste, à la rencontre des spectres passés, ceux de la pierre et de l’âme.

Au de-là de l’invisible, le sensible

Delpard réussit un vrai tour de force dans la manière qu’il a de nous faire basculer du réel au monde des songes. Il incorpore avec minutie de nombreux symboles allant du chien à l’enfant en passant par la marque des maudits jusqu’aux flammes. Il fait pénétrer le spectateur dans une interstice du réel mystérieuse, parfois même mystique. Le cinéaste sème les symboles comme des indices, des pistes pour le spectateur, menant à définir l’histoire et ses rebondissements.
En ne choisissant pas une narration linéaire, où les échanges entre protagonistes font avancer l’intrigue, le cinéaste français préfère nous inviter dans une chasse aux trésors qui fascine, terrifie et questionne.

En créant un univers symbolique entre Andrei Tarkovski, le berger allemand évocateur de l’enfance, du passé échappé, et Roeg dans son montage tout en faux-semblant, Delpard parvient à créer un univers qui lui est propre sans jamais virer à la prétention, sans jamais tomber dans la copie douteuse et dévoile un subtil équilibre pour ne pas virer entièrement dans l’oeuvre abstraite.
Sans nous donner les clés, il nous guide pour comprendre les signes. Le réalisateur à travers la caméra a construit un langage saisissant qui loin de l’hermétisme fascinant de Tarkovski ou Roeg, nous offre la possibilité d’une pièce onirique complexe mais abordable, où sans jamais livrer ses secrets, Delpard ouvre d’assez nombreuses portes afin que tout un chacun puisse s’approprier l’oeuvre.

20,000 lieues sous le subconscient

C’est en façonnant son récit avec l’introduction de symboles, personnages, visions et sonorités perdues, dans la mémoire de Martine, que le film prend tout son intérêt. Raphaël Delpard nous plonge dans l’inconnu, l’étrange, le bizarre. Même si lors des premiers instants, la proposition semble difficilement interprétable, elle se découvre tel un ballet où chaque détail, mouvement est une passerelle temporelle. Un pont liant l’enfance à l’âge adulte, une possibilité de purger la douleur ancrée dans le subconscient par la confrontation.
Ce voyage à la recherche des cicatrices perdues est subtilement mis en image par Sacha Vierny, qui avait déjà finement travaillé autour des blessures cachées avec Alain Resnais pour Hiroshima, Mon Amour, L’Année Dernière à Marienbad ou encore Muriel Ou Le Temps D’un Retour. Le directeur de la photographie parvient de la sorte à sauter de symbolismes à souvenirs avec une aisance et un soin du cadre remarquable, hypnotisant nos regards.

L’usine devient une forteresse mentale impénétrable, où les démons de l’enfance qui avaient été éclipsés, resurgissent dans la nuit, lorsque la solitude se lie aux terreurs négligées.

Clash se transforme alors en un thriller surnaturel, à la poésie amère, où l’acceptation des frayeurs, des ombres qui se dissimulaient sous le lit, devient un outil fondamental dans le façonnement et la naissance de l’architecture mentale de tout un chacun.
En nous embarquant dans ce voyage au coeur du subconscient Delpard réconcilie les rêves avec les cauchemars afin d’accéder avec courage au présent, et mieux se préparer aux horreurs futures. Bien que le traitement psychanalytique reste assez rudimentaire, voir obsolète, le récit graphique que propose Delpard dépasse cette faiblesse.
Il met en avant le caractère essentiel des peurs dans le parcours de tout un chacun pour échapper à une vie de névroses. Il fait de la terreur, une amie sur qui il faudra à jamais compter.
Un dilemme élémentaire, entre bien et mal, où Catherine Alric réussit à nous guider avec talent.

Clash, le cri des ombres

De manière surprenante, la proposition du réalisateur français semble à la fois s’inspirer d’un cinéma hétérogène du Stalker de Tarkovski jusqu’au Pheomena d’Argento, sans jamais s’amuser à copier, cherchant toujours avec ténacité une fenêtre d’expression nouvelle, singulière. Une échappée qui bien que passée quasi-inaperçue à sa sortie, semble être la matrice d’un cinéma moderne allant des hallucinations du duo Cattet/Forzani jusqu’à la troublante hystérie du Mother de Darren Aronofsky.

Clash fait parti de ces œuvres qui, en réapparaissant près de quatre décennies après leur date de sortie, deviennent de vraies obsessions. En traitant de manière implicite la question des douleurs passées, et en inondant son cadre d’une poésie fascinante, Raphaël Delpard construit une oeuvre qui interroge et saisit l’attention du spectateur en une poignée de minutes, le conviant à une danse anxiogène qui restera ancré de longues années dans la rétine de ceux qui voudront bien lui donner sa chance.

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray

Image :

Note : 10 sur 10.

La restauration effectuée par Le Chat Qui Fume en 4K à partir des négatifs image et son d’origine est un vrai petit miracle faisant redécouvrir un film qui dans sa version DVD poussait le film vers des images si sombres, que le récit s’en trouvait desservit, jetant le film dans le gouffre de l’indifférence.

Oubliez donc ce triste événement et venez célébrer ce tout nouvel habit que l’éditeur français propose. Du travail autour du piqué jusqu’à l’étalonnage tout a été finement étudié pour offrir à l’oeuvre une esthétique fascinante. Les couleurs se redécouvrent nous portant avec surprise et admiration dans les territoires perdus que souhaite explorer Raphaël Delpard. Le niveau de détails, quant à lui, rend hommage à la photographie méticuleuse de Sacha Vierny, nous offrant un spectacle formidable.

NB : Le Blu-Ray 4K se doit d’être vu plus comme un supplément que véritablement un pallier technique avec le Blu-Ray. L’absence de la technologie HDR empêche de franchir cette appréciation technique. Il s’agira de trouver sur ce disque de légères améliorations, mais surtout de découvrir le travail exact effectué par Le Chat Qui Fume en offrant à sa restauration 4K, un support 4K.

Son :

Note : 7.5 sur 10.

La proposition est dans la moyenne de ce que l’on peut attendre d’une édition HD. Sans jamais faire de prodiges la piste son est tout à fait correcte permettant une confortable immersion dans l’oeuvre de Raphaël Delpard.
La piste ne sature à aucun moment, les voix ne prennent pas le dessus sur l’ambiance sonore affichant ainsi de belles atmosphères.

Suppléments :

Note : 7 sur 10.

L’édition Blu-Ray contient les suppléments suivants :

  • Retour sur Clash avec Raphaël Delpard (26 min) :

Le réalisateur revient sur l’aventure Clash en allant de la genèse de l’oeuvre, avec l’écriture du scénario et la recherche de financement jusqu’aux coulisses du tournage.
Un supplément qui nous fait voyager dans la fabrique de l’oeuvre permettant de mieux s’approprier la proposition du cinéaste et les différentes modalités par lesquelles il a dû passer pour faire naître le film. Une proposition passionnée et passionnante.

  • Souvenirs d’un Clash avec Raphaël Delpard et Frédéric Albert Lévy (30 min) :

Le cinéaste et Frédéric Albert Lévy, cofondateur de la revue Starfix, reviennent sur leur amitié naît depuis La Nuit De La Mort autour de la carrière du réalisateur. Il réintroduisent Clash au cœur du paysage cinématographique fantatique hexagonal assez maigre des années 80. Un voyage autour de l’histoire du film et de sa réception critique fascinant où Lévy donne une analyse fine du cinéma de Delpard. Un supplément complémentaire au précédent qui réussit à révéler de nombreuses zones d’ombre.

  • Film annonce 

Note Globale :

Note : 8 sur 10.

Le Chat Qui Fume propose une édition extraordinaire autour de Clash réussissant, au de-là de caractéristiques techniques formidables tant au niveau du travail Image/Son que de son contenu supplémentaire, à mettre en lumière ce film perdu qui émerveille de par son affranchissement des rails du cinéma de genre. Insoupçonné. Insoupçonnable. Incontournable.

Pour découvrir l’édition Blu-Ray/UHD de Clash :

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