Les Monstres De La Mer : Critique et Test Blu-Ray

Réalisatrice : Barbara Speeters
Acteurs : Doug McClure, Ann Turkel, Vic Morrow, Cindy Weintraub
Genre : Horreur, Film de monstres
Durée : 82 minutes
Date de Sortie (salles) : 1980
Sate de sortie (Mediabook Blu-Ray/DVD) :
Août 2021

Synopsis : Le petit village tranquille de Noyo est victime d’une vague de violence. Les hommes sont assassinés et les femmes sont enlevées. Il apparaît rapidement qu’une expérience génétique a mal tournée, et une nouvelle race de créatures mi-homme, mi-poisson quitte son monde aquatique… pour s’accoupler avec les femmes !

Sidonis Calysta, acteur éditorial hexagonal de référence en matière de Westerns, Péplum et Films Noirs, tient depuis quelques années une ligne horrifique qui fait la part belle au cinéma d’exploitation. Certes plus réservé en la matière que d’autres éditeurs français, Sidonis Calysta vise toujours juste et sait sur quelles œuvres perdues jeter son dévolu. Après La Nuit Des Morts-Vivants réalisé par Tom Savini, Dolls de Stuart Gordon ou encore Krull de Peter Yates, les regards se tournent vers le très attendu Les Monstres De La Mer réalisé par Barbara Peeters et produit par Roger Corman.

Le producteur américain, bien connu des amateurs de cinéma d’exploitation, a demandé, suite au premier montage de la réalisatrice, d’ajouter une touche plus sulfureuse, en tournant des scènes où les humanoïdes arracheraient les vêtements des femmes. Barbara Peeters refusa et les scènes complémentaires furent réalisées par Jimmy T. Murakami.

Notre article autour de l’édition Mediabook de Les Monstres De La Mer s’organisera de la manière suivante :

I) La critique de Les Monstres De La Mort

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray

I) La critique de Les Monstres De La Mort

Barbara Peeters, l’exploitation sous toutes ses formes

Barbara Peeters est une cinéaste peu ordinaire dans le paysage cinématographique de son époque tant du fait qu’elle soit une femme, que des genres qu’elle aborde. Débutant sa carrière avec le drame érotique The Dark Side Of Tomorrow, Peeters s’envole vers l’écurie Corman et les studios New World Pictures, où les femmes derrière la caméra sont peu nombreuses se limitant à Stéphanie Rothman et elle-même.
Elle se spécialise dans un cinéma d’exploitation aux horizons assez larges qui ne répond à aucun genre précis. Elle réalise avec fougue Bury Me An Angel, oeuvre de « motosploitation », ou encore Summer School Teachers et Starhops, comédies frivoles.
Barbara Peeters trouve son équilibre avec les studios de Roger Corman jusqu’en 1980, sortie de Les Monstres De La Mer, où un désaccord artistique autour de la nudité gratuite et violente de l’oeuvre pousse Corman à tourner de nouvelles scènes avec Jimmy T. Murakami, mais aussi à totalement revoir le montage du film faisant fi du scénario passant d’une oeuvre de suspense au film à l’horreur scabreuse et soutenue que nous connaissons désormais.

Suite à ce différent, Barbara Peeters quitte New World Pictures et ne réalisera pus de longs-métrages, seulement quelques séries TV, aujourd’hui tombées dans l’oubli.

Sea Monsters, Sex And Blood

Si vous cherchiez du sang, de la violence et des monstres, avec cette senteur poisseuse que seules les productions Corman parviennent à porter alors Les Monstres De la Mer est certainement la plus grande (re)découverte que vous ferez cette année en matière de cinéma d’exploitation.
Pour une fois le spectacle tient ses promesses, nous dépassons le simple mirage graphique que propose le visuel de l’oeuvre. Nous embarquons droit dans une proposition qui ne s’embarrasse de rien, voyageant léger, quitte à passer par la case des incohérences, et offre une composition au rythme soutenu, qui ne se laisse pas aller aux conversations scientifiques à rallonge, qui n’essaie pas de se justifier, afin de nous tirer dans un torrent de chair fraîche, de regards libidineux et de séquences cultes.
Le rythme est soutenu, la durée du film assez courte faisant de ce film une parfaite proposition de cinéma Drive-In qui tire son épingle du jeu tant de par sa position « écologique » que de par sa réussite à créer de nouvelles entités malveillantes, un nouveau cauchemar américain.

Les costumes, tout comme les maquillages, ont permis à la proposition de traverser le temps. Les Monstres De la Mer s’améliore même sous le poids des décennies et gagne en stature avec le regard nostalgique d’une époque où le numérique n’était qu’un fantasme.
Le film de Barbara Speeters gagne en singularité de par sa texture viscérale. Le sang gicle, la peau s’arrache, les organes s’échappent, les carcasses pourrissent. Le film atteint très rapidement une esthétique organique qui capte toute l’attention du public allant de la charogne du chien au visage arraché, rien ne nous est épargné.
Les Monstres De La Mer est une réussite graphique qui a très certainement pour facteur-clé la présence derrière les effets spéciaux, ainsi que des maquillages et costumes, Chris Walas (La Mouche, Gremlins), Rob Bottin (The Thing) et Steve Johnson (La Mutante, Men In Black).

L’écologie pour les nuls

Bien que le film soit un divertissement qui ne se soucie pas réellement de notre croyance en l’intrigue principal, Les Monstres De La Mer essaie de façon un peu gauche, mais avec humour, de travailler autour de dimensions écologiques et politiques, allant des expérimentations génétiques au génocide indien, afin de donner un corps plus charnu à son récit qui somme toute se résume en une poignée de mots :

Les créatures tuent les hommes et violent les femmes.

Roger Corman, Producteur

Ainsi, le récit nous mène dans une petite bourgade où le saumon est l’or de la ville – l’élection de Miss Saumon a lieu depuis 75 ans. La disparition progressive des poissons à la chair rosacée , va mener des scientifiques à créer une espèce modifiée, plus grosse, plus fertile et à la croissance plus rapide.
Une poiscaille ingérée par d’autres espèces qui vont alors muter, et devenir en l’espace de quelques semaines des humanoïdes des profondeurs, des concurrents au sommet de la chaîne alimentaire.

En soulevant la question scientifique à travers la création d’êtres modifiés, le film prend position sur une question toujours d’actualité autour de l’expérimentation génétique et cellulaire. Lorsque l’homme se prend pour Dieu, il ne fait que concevoir les outils de sa propre perte.
Un point d’analyse qui permet plus de trouver un motif à l’apparition des amphibiens violeurs, que de creuser la véritable problématique de nos modes de vie contemporains.

Le caractère pervers de l’espèce humaine ne s’arrête pas à la simple dénaturation de l’environnement. La question des indiens, avec les derniers rescapés de la conquête de l’Ouest, parias condamnés au silence, est également soulevée comme élément de l’éco-système à balayer. De la même façon que pour la question écologique, la question du génocide indigène résonne sans jamais trouver d’exploration réelle. Le film pointe le doigt sur le caractère brutal et primaire de nos civilisations, poussant à remettre en question la légitimité de nos sociétés modernes, questionnant sur la véritable définition de monstre.


Et l’homme créa les monstres

Les Monstres De La Mer s’installe en tant qu’oeuvre B à mi-chemin entre Les Dents De La Mer et Alien. Il y a cette rencontre de la petite bourgade conservatrice avec des ailleurs insoupçonnés, dans le cas présent les abysses. Cependant il serait réducteur de limiter sa généalogie de film bis à ces deux propositions car le film réalisé par Barbara Speeters trouve ses racines aux origines même du film de monstres Universal avec La Créature Du Lac Noir mais aussi dans le caractère violent, âpre et sans concession du cinéma d’exploitation, pan se démocratisant d’autant plus grâce au virage marin négocié suite au film de Spielberg, Les Dents de La Mer.
On pense à Orca, Piranhas, Tentacules ou encore Le Continent Des Hommes-Poissons.

Néanmoins, Les Monstres De La Mer contrairement au film de Joe Dante, essayant d’échapper à sa condition de cinéma B, et celui de Sergio Martino, qui plonge vers des ailleurs de film Z, est une proposition honnête qui sait ce qu’elle désire réaliser, échappant à toute prétention, à toute copie, ne souhaitant qu’une seule chose : délivrer un moment de divertissement sauvage, où les monstres et le sang deviennent des dynamiques envoûtantes et addictives.

Les Monstres De La Mer, un sommet de l’écurie Corman

Les Monstres De La Mer est un divertissement jouissif qui mène sa barque avec détermination dans les méandres du cinéma d’exploitation en assurant un plaisir cinéphile radical, à destination des Drive-In, où nudité, violence et monstres cohabitent avec une énergie fascinante.
Le film de Barbara Peeters, repensé par Roger Corman, est une merveille insoupçonnée qui réussit avec brio à s’extirper du magma de ses géniteurs, à savoir Les Dents De La Mer et Alien, pour s’élever au sommet des films de New World Pictures et plus globalement du cinéma bis.

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray

Image :

Note : 9 sur 10.

Le master proposé par Sidonis Calysta rappelle la très belle restauration 4K de Shout Factory parue en 2019. Bien que s’ouvrant sur une introductio au grain très marqué, le film prend une tournure toute autre d’un point de vue technique offrant un confort visuel indéniable que cela soit autour du contraste, de la colorimétrie ou encore du travail autour du piqué.
Les détails fusent et révèlent une oeuvre que nous ne pouvions soupçonner, cette restauration accompagne le film dans sa nécessité d’être redécouvert. A cela s’ajoute un parfait contrôle des couleurs avec des noirs profonds et des teintes tranchantes, hypnotiques, on pense aux superbes plans sous-marins et à la couleur de la peau, de l’hémoglobine, sans jamais être vives et déteindre sur l’atmophère de l’oeuvre.

Son :

Note : 5.5 sur 10.

L’édition proposée par Sidonis Calysta propose deux pistes audio :

  • Piste anglaise DTS-HD Master Audio MONO :

La version originale déçoit avec un problème conséquent autour de son mix, ayant mis les dialogues en second plan et la bande originale ainsi que les bruitages en premier plan. Nous nous retrouvons alors régulièrement à jouer de la zappette pour réussir à maintenir un niveau stable tout en conservant un certain confort de visionnage.

La piste a néanmoins été nettoyée de tout bruit et reste claire. Il ne vous reste plus qu’à trouver l’équilibre idéal avec votre poste de télévision ou Home Cinéma.

Les sous-titres français peuvent être désactivés.

  • Piste française DTS-HD Master Audio MONO :

Contrairement à la piste VOST, la piste française garde un certain équilibre entre voix et ambiance sonore, ne poussant jamais à retravailler le volume. Cependant, le film est bien plus nasillard, criard, que dans sa version originale et nous renvoie aux doublages typés 70/80, un plaisir en demi-teinte.

Suppléments :

Note : 10 sur 10.

Les suppléments proposés par Sidonis Calysta au sein de son édition Mediabook sont les suivants :

  • Livret de 24 pages rédigé par Marc Toullec :

Le livret écrit par Marc Toullec, comme à son habitude, est une vraie réussite. Un média formidable pour parvenir à pénétrer totalement dans l’oeuvre proposée. L’analyste du septième art revient avec de nombreux détails sur l’histoire du film de la naissance du projet à sa sortie en salles.
Un voyage au coeur du cinéma d’exploitation allant des œuvres référentielles jusqu’à la relation litigieuse entre Barbara Peeters et Roger Corman. Assurément le supplément incontournable de cette édition.

  • Présentation du film par Olivier Père (24 minutes) :

Olivier Père, directeur d’Arte Cinema France, propose un voyage fourmillant de détails, venant compléter les écrits de Marc Toullec. Le critique revient sur l’histoire des parties en présence que cela soit Roger Corman, d’AIP à New World Pictures, ou encore Barbara Peeters, nous donnant une envie folle de découvrir la filmographie de cette dernière.
L’entretien dépasse de loin la simple présentation car il réintroduit Les Monstres De La Mer dans une époque, une cinéphilie et plus globalement dans une industrie du cinéma assez singulière.

Un véritable trésor où les références ne cessent de s’envoler, bouteilles à la mer pour cinéphiles affamés.

  • Making-Of (23 minutes) :

Un supplément inédit en France qui était présent sur les éditions Shout! de 2010 et 2019. Un retour sur le film avec les membres de l’équipe. Beaucoup d’informations abordées dans les suppléments précédents reviennent. Cependant, c’est un vrai plaisir de voir les concepteurs de l’oeuvre prendre la parole pour présenter leur projet et les modalités de création de ce dernier.

Le Making-Of n’est pas mentionné à l’arrière de l’édition. Une belle surprise.

  • Scènes coupées (6 minutes) :

Des scènes coupées restaurées, dont certaines sont dénuées de son. Ne passez pas à côté de ce supplément les scènes valent le détour apportant des séquences d’attaques mémorables et quelques regards lubriques des années 80.

  • Interview Roger Corman (3 minutes) :

Une très courte interview où Corman revient sur sa perception des monstres au cinéma tout comme sa manière de marier humour et horreur dans ses réalisations et productions. Un supplément facultatif qui néanmoins laisse la parole à cette légende du cinéma qu’est Roger Corman.

  • 2 Bandes Annonces

Note Globale :

Note : 8 sur 10.

Sidonis Calysta pour Les Monstres De la Mer offre une édition que l’on ne pouvait espérer, donnant à cette proposition de cinéma d’exploitation oubliée un nouveau souffle, une nouvelle coquille, pour lui permettre de briller à nouveau comme à l’époque de sa sortie et de ses 849.000 spectateurs français, dépassant ainsi, à l’époque, les classiques que sont Inferno, L’Enfer Des Zombies ainsi que Frayeurs.

Pour découvrir l’édition Médiabook de Les Monstres de La Mer :

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