Egō : Critique et Test Blu-Ray

Réalisatrice : Hanna Bergholm
Acteurs : Siiri Solalinna, Sophia Heikkilä, Reino Nordin
Genre : Fable horrifique
Durée : 97 minutes
Date de sortie : 26 avril 2022
GRAND PRIX ET PRIX DU JURY JEUNES / FESTIVAL DE GERARDMER 2022

Synopsis : Tinja a 12 ans. Sa mère la pousse à faire de la gymnastique, exerçant sur elle un perfectionnisme malsain. Une nuit, la petite fille va faire la découverte d’un œuf bien étrange, qu’elle va cacher, puis couver. Jusqu’à l’éclosion d’une inquiétante créature…

Grand gagnant du festival de Gérardmer 2022, recevant à la fois le Grand Prix ainsi que le Prix Du Jury Jeunes, le premier film de Hanna Bergholm a commencé son parcours avec le festival de Sundance où il avait déjà suscité un réel engouement.
Malgré ce chemin reconnu à travers divers festivals où il est passé, The Jokers, producteur et distributeur du film, n’a pas réussi à bénéficier d’une sortie salles, et vient offrir cette étrange fable horrifique à nos rétines en Blu-Ray et DVD.

Notre article autour de l’édition Blu-ray s’organisera de a manière suivante :

I) La critique de Egō

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray

Hanna Bergholm, Nouveau Regard du Fantastique

Hanna Bergholm est une réalisatrice finlandaise diplômée de l’université d’arts et design d’Helsinki. Avant de réaliser son premier film Ego, la cinéaste a réalisé quelques courts métrages et a participé aux tournages de quelques épisodes de série TV.
Son court-métrage le plus remarqué est Puppet Master réalisé en 2018. La proposition n’est en aucun cas connectée à la saga d’horreur mettant en scène des pantins tueurs.
Il s’agit ici d’une fable horrifique, lorgnant du côté du body horror. Nous y suivons une femme laissant un homme la transformer en poupée. Nous y pressentons les bases d’un cinéma d’épouvante onirique qui prend son envol avec Ego.

Visitor Q

Tinja est une jeune fille, adolescente en devenir, grandissant dans une famille qui sous tout rapport paraît unie. Une famille composée de sa mère, blogueuse bien-être, interprétée par Sophia Heikkilä inquiétante et pétrifiante, de son père, entrepreneur fortuné , et de son petit frère.
Elle exerce la gymnastique en tant qu’activité extra-scolaire et souhaite représenter son club à la prochaine compétition.

La caméra de Hanna Bergholm s’installe dans le luxueux foyer de la petite famille, lumineux, coloré, épuré et moderne. Nous y voyons des moments de complicité qui très vite deviennent grinçants, factices. 
La carapace de cette famille parfaite s’écaille, se dérobe et révèle une inquiétante réalité.
La mère derrière son blog de la famille parfaite est rongée par le remord d’une carrière sportive accidentée, et entretient une double vie. 
Elle vit le prolongement de son parcours sportif avorté à travers celui de sa fille. 

Le père, quant à lui, conscient des activités de sa femme reste mutique, se mure dans son travail, sa musique et ignore sa fille, prolongement de l’épouse, formant une impasse sentimentale.

Le frère, quant à lui, en proie à l’abandon, dénonce sa sœur pour mieux exister aux yeux de parents indifférents.

Une nuit, Tinja découvre un œuf de corbeau abandonné, elle décide de le couver le nourrissant de ses peurs, de ses angoisses. La coquille est perméable, les sentiments pénètrent par capillarité, l’œuf grossit à vue d’œil, une créature s’en échappe, fruit des frustrations, des ressentiments de la jeune fille.

Dans cette maison, dans cette famille, où tout repose sur le paraître, où les apparences dissimulent les êtres qui sommeillent en eux, la cinéaste établit une analyse de la famille moderne, défaillante, séparée par les images qu’elle peut renvoyer. Le culte de la personnalité y est roi, un égocentrisme croissant suinte dans les moindres interactions. La lecture d’une société où les individus ne vivent qu’à travers l’appréciation du regard d’autrui est merveilleusement mise en scène.
L’individu devient cannibale et souhaite agrandir son empire en prolongeant sa personne, en dupliquant sa personnalité au coeur des êtres de son entourage. La toxicité de la mère devient effrayante, formant les premiers frissons du film.
Nous percevons la tyrannie perfectionniste à laquelle la mère aspire, transformant ses proches en créatures déshumanisées, clones hystériques, Tinja ou carcasses abandonnées, le jeune frère et le père. La cellule familiale se transforme en prison mortifère où la rébellion semble être la seule issue pour survivre, où la monstruosité enfouie en chacun devient le dernier échappatoire.

La société du paraître est décryptée avec une subtile acidité, les environnements dans lesquels évoluent les personnages sont les reflets de l’âme de chacun, les chambres renvoient à la cartographie de l’âme des protagonistes.
Hanna Bergholm construit ainsi un champ poétique visuel prolongeant les personnages, amenant le fantastique avec minutie.

Donnie Darko

Ego est un récit pré-pubère, la traversée d’une zone de turbulence où le caractère individuel naît, ou la personnalité se forge : l’adolescence.
Hanna Bergholm mène une lecture à deux échelles à travers cette histoire de monstre avec d’une part un récit fantastique, de l’autre la difficile appropriation du corps et de l’esprit.

Nous nous retrouvons face à un film-méandre qui par-delà son organisation narrative simpliste révèle bien des pistes pour repenser l’histoire. Nous, public, sommes les guides de notre propre expérience face au film.
Rapidement, nous pensons au très surprenant et récent Vivarium qui partant d’un propos somme toute assez simple, se révélait au fur et à mesure des rebondissements, et de l’étude des espaces un labyrinthe fascinant.

Le film est ainsi organisé afin de laisser à chacun sa propre analyse, sa propre perception, guidant avec aisance nos esprits vers les contrées horrifiques. Bergholm réussit un très fine organisation du récit lui apportant une fascinante profondeur dès lors que nous commençons à farfouiller dans les détails que le cadre nous offre. Elle offre une possibilité de visionnages multiples, où la lecture s’affine et nous surprend à tous les coups.

Faux-Semblants

Dans cette histoire où tout semble se dédoubler de la cellule familiale, aux amitiés en passant par la personnalité, la cinéaste joue sur l’interstice entre réalité et fantastique, dans cet espace de reflet trouble où l’horreur s’immisce.
Dans ce jeu de renvoi d’images, il est intrigant, bien que perturbant d’observer la relation que la fille entretient avec la créature. Le monstre semble refléter toutes les peurs de Tinja, tant physique avec ce corps famélique, que comportemental, agressant à tour de bras à chaque saut d’humeur. Siiri Solalinna est époustouflante dans son double rôle à la fois de jeune fille et de créature, elle développe une palette de jeu qui fascine et bouscule.

Ego travaille le personnage du double en usant des rouages du body horror. Tous les codes sont en présence, de l’inconnu à la transfiguration humaine, il est même étonnant que les fables horrifiques ne se s’engagent pas plus souvent sur ce sentier propice d’un point de vue plastique. La réalisatrice fait glisser habilement la fable vers l’épouvante, la transformation des corps.
La terreur est insidieuse, nous la percevons mais n’arrivons jamais à voir son étendue, nous faisant toujours surprendre par les coups d’avance que la mise en scène a réussi à mettre en place sur notre imaginaire.

Toute en surprise, la proposition vient à nous faire redouter l’environnement dans lequel évolue le récit. Nous nous mettons à prêter attention aux moindres détails, aux changements de lumières, à l’obscurité qui vient étreindre le cadre et plonger nos regards dans une certaine insécurité.

Cependant, bien que le film parvienne à installer des climats grinçants, crispants, Ego a tout de même des difficultés à véritablement dégager un climat de peur, de frayeur.
C’est d’ailleurs la réflexion principale que nous pourrons retenir à l’encontre de ce dernier. Sa difficulté à nous apeurer, à trouver les ressorts pour nous poursuivre une fois la projection terminée. Le film avance très vite et s’amuse à nous révéler la créature, monstre singulier et fascinant, très rapidement. La créature reste de l’autre côté de l’écran, nous en ressortons plein d’idées, de réflexions sur le passage à l’adolescence, sur nos sociétés du paraître mais ce qui est sûr c’est que nous dormirons sans trop de mal sur nos deux oreilles.

Ego, équation de la monstrueuse inconnue

Cette première proposition d’Hanna Bergholm est une vraie réussite, une satyre sociale aux apparats de fable horrifique regorgeant d’idées, d’innovations, ne se laissant jamais avaler par ses références.
L’analyse de nos sociétés modernes embourgeoisées est effrayante. Cette quête infernale de reconnaissance et de recherche de l’image parfaite glace le sang, trouvant écho dans nos quotidiens. L’horreur ne vient pas du fantastique, elle jaillit du réel, la cinéaste orientant nos regards vers l’étrange pour mieux nous attaquer sur des terrains que nous pensions contrôler.

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray

Image : 

Le master que nous propose The Jokers pour Egō, privé de sortie salles malgré ses prix à Gerardmer 2022, est irréprochable.
Les couleurs viennent nous chercher et nous porter au cœur de cette fable horrifique, réussissant à fondre ses nuances colorées dans une belle obscurité jouant avec tact sur les contrastes, et révélant un niveau de détails très agréable.

Le fantastique prend vie, l’image nous happe, la restitution du film en Blu-Ray est irréprochable.

Note Image :

Note : 10 sur 10.

Son : 

Deux pistes sonores sont proposées : 

  • Version Française 5. 1

La version française dispose d’une bonne balance entre les canaux, la spatialisation sonore est efficace. Néanmoins, le doublage bien que réussi ne permet pas de dégager la même poésie que le finlandais, aux allures parfois incantatoires.
Une belle proposition qui reste, naturellement, en-deçà, de la version originale

  • Version Originale Finlandais 5.1

Une vraie réussite, nous entrons très facilement dans le récit enserré entre nappes de basse doucereuses, prenant en ampleur insidieusement, les voix mises en avant sans écraser le mix général et la bande originale ouvre avec ampleur la portée du spectacle.

Une proposition très réussie nous faisant basculer dans la terreur avec minutie.

Note son :

Note : 8 sur 10.

Suppléments :

The Jokers pour l’édition Blu-ray a été quelque peu timide en matière de suppléments sur cette édition.

Un unique making-of d’une petite dizaine de minutes est présent permettant d’apercevoir la naissance du projet, le casting et les directions explorer par la cinéaste. Intéressant mais nous aurions tant voulu en savoir plus.

Note suppléments :

Note : 5 sur 10.

Appréciation Générale : 

Ego est une passionnante analyse du passage de l’enfance à l’adolescence, mêlant fable onirique et body horror, pour venir nécroser la cellule familiale à travers une satyre sociale singulière et habile d’un point de vue narratif et visuel.
L’édition Blu-ray que nous propose The Jokers est exemplaire en matière de son et d’images, nous plongeant au coeur du film avec une bien belle configuration, où nous préférons de loin la version originale. La langue finlandaise ouvrant bien plus l’oeuvre à la poésie qui la traverse.
Il restera seulement des suppléments assez faibles qui ne permettront pas de prolonger réellement l’expérience du film, avec un making-of bien plus proche d’un amuse-bouche que d’un plat de résistance.

Note globale :

Note : 7.5 sur 10.

Pour découvrir Ego en Blu-ray :

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