Contes Du Hasard Et Autres Fantaisies : Critique

 

Réalisateur : Ryusuke Hamaguchi
Acteurs : Kotone Furukawa; Ayumu Nakajima; Kiyohiko Shibukawa
Pays : Japon
Genre : Drame
Durée : 121 minutes
Date de sortie : 6 avril 2021

Synopsis : Un triangle amoureux inattendu, une tentative de séduction qui tourne mal et une rencontre née d’un malentendu. La trajectoire de trois femmes qui vont devoir faire un choix…

Après le remarquable film-fleuve Senses, autour des amitiés perdues, le diptyque Asako, sur la perte de l’être aimé, ainsi que Drive My Car, à la recherche des mots et dialectes sensoriels afin de faire le deuil, Ryusuke Hamaguchi revient à travers trois contes pour capturer l’invisible, l’insaisissable, l’amour qui lie les êtres, qui pousse à détruire tout comme bâtir et présente : Contes Du Hasard et Autres Fantaisies.

Ryusuke Hamaguchi, conteur des âmes

Ryūsuke Hamaguchi fait parti d’une nouvelle vague de cinéastes japonais avec Fukada ou encore Tomita. Il expérimente sa pensée autour de l’humain.
Sa mise en scène épurée laisse aux mots l’espace pour dévoiler toute l’essence des êtres et nous guide dans l’intrigue avec une poésie saisissante.

En quelques années, après des études à l’Université des Arts de Tokyo, Hamaguchi a su s’imposer en réalisant une trilogie documentaire autour des rescapés du Tsunami de 2011 mais également des oeuvres étant entrées instantanément dans l’histoire du cinéma japonais avec Senses et Asako, organisant leurs récits autour de la perte des êtres aimés.

Il fut l’élève de Kiyoshi Kurosawa, avec lequel il a cosigné le scénario de Les Amants Sacrifiés.

En 2021, il décroche le Prix du Scénario à Cannes pour Drive My Car et remporte le Grand prix du Jury à Berlin avec Wheel Of Fortune And Fantasy, aujourd’hui connu en France sous le nom de Contes Du Hasard Et Autres Fantaisies.

Trois Souvenirs De Nos Jeunesses

Contes Du Hasard Et Autres Fantaisies est une expérience en trois temps, une analyse en trois mouvements de l’amour, des relations humaines. 

Hamaguchi y fixe continuellement la figure du triangle amoureux, et travaille l’équation à la manière d’un  savant jeu d’équilibriste. L’amour est perçu tel un flux énergétique, un courant invisible qui lie et sépare les êtres. Le cinéaste réussit à nous faire ressentir ce lien, magie, intangible. Il réussit à guider nos pensées, à faire douter, à bâtir un terrain glissant où les certitudes suivant un certain nombre de paramètres peuvent basculer, où rien n’est acquis et tout est à construire, à affiner.
Hamaguchi ouvre un théâtre du sensible faisant s’abandonner le spectateur à ces histoires qui ravivent le souvenir, qui questionnent nos vies et dépassent le récit. Les acteurs y excellent. Nous perdons la fiction, pénétrons le réel, le tour de passe passe est total, Hamaguchi dépasse l’écran, fait de l’invisible une vérité.

En trois poèmes, le film soulève trois thématiques celle de la nécessité de choisir par l’acte, celle du cruel équilibre entre provocation, excitation et disparition, et enfin celle de l’amour de jeunesse perdu, de l’amour inachevé, de la blessure abandonnée. On y retrouve les obsessions abordées dans les précédents longs-métrages, qui ont été maturées, retaillées pour offrir le travail d’orfèvre qui s’ouvre à nos yeux.
A travers ce triptyque aux cadres épurés où les corps disent  autant que la parole, dans une douce rythmique virant très rapidement à l’hypnose, Hamaguchi se veut magicien des mots, mage des pensées sacrifiées, sorcier des sentiments perdus. 

Nos Nuits Chez Hamaguchi

Les textes sont écrits avec une finesse que nous n’avons plus vu depuis des années et qui se pose en héritier de Rohmer, où nous sentons la fine brise sensuelle des Contes Immoraux de Borowczyk, maîtrisant les mécaniques, s’en affranchissant pour créer un espace d’expression qui n’appartient qu’à lui, une antichambre où les concepts prennent naissance, parvenant à créer un écho en nous, réussissant dans cette danse en trois temps à ouvrir l’horizon pour installer la définition d’un amour contemporain, celui qui ne répond à aucune théorie, celui qui hante et possède, qui fascine et obsède, celui qui conduit à vivre, conduit nos âmes d’un bout à l’autre du sentier.

La maîtrise est complète, le cinéaste a trouvé une recette miraculeuse, où nous nous remettons de manière absolue à l’oeuvre, nous oubliant et fondant littéralement dans les intrigues.
Il n’y a plus aucun doute Hamaguchi devient figure de proue des cinéastes-poètes, chaque mot ayant été savamment pensé, placé, répondant aux regards, s’enivrant des gestes, dans l’intimité d’une caméra en plan fixe alternant gros plan, libérant les âmes, puis aérant, par un obsédant, bien qu’académique, usage du champ-contrechamp.

Contes De L’Invisible Et Autres Vies

Ryusuke Hamaguchi accomplit avec Contes Du Hasard Et Autres Fantaisies un essai sur les relations humaines entre séduction et perdition, amour et obsession, sexualité et spiritualité, d’une justesse éblouissante.
Les mots n’ont jamais été si justes, les émotions si fortes, Hamaguchi maîtrise son art avec dextérité, certaines nuances Rohmeriennes s’en échappent avec grâce, les récits se répondent avec une fascinante poésie, portant nos regards au-delà du cadre, usant des mots comme de tremplins pour accéder à l’invisible.
Nous chavirons, sommes séduits, le temps disparaît, et nous demeurons à jamais enamourés par ce spectacle audacieux qui à ce jour est la plus belle grande oeuvre de son auteur.

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