Le Sang Des Autres Ou La Volupté De L’Horreur : Critique et Test Blu-Ray

Réalisateur : Ken Ruder
Acteurs : George Rigaud, Frank Braña
Genre : Horreur, Erotique
Durée : 92 minutes
Pays : France, Espagne
Date de sortie (salles) : 1973
Date de sortie (Blu-Ray/UHD) : Juillet 2022

Synopsis : En Angleterre, au XIXème siècle – Plusieurs jeunes femmes ont disparu ces derniers temps dans le village jouxtant le château du comte de Dartmoor, scientifique féru d’occultisme, reclus dans son domaine avec John, son fidèle serviteur. Or, selon les rumeurs, la cause de ces disparitions serait liée au châtelain. Sous prétexte d’assister le scientifique, James Barton se présente à lui en qualité d’égyptologue…

Il y a quelques semaines de cela, Le Chat Qui Fume, éditeur bien aimé chez Kino Wombat, annonçait une nouvelle salve de titres et incluait un bien étrange film dont ils se sont chargés de la restauration : Le Sang Des Autres Ou La Volupté De L’Horreur.
Le long-métrage avait jusqu’alors complètement disparu des radars depuis presque cinq décennies et commençait à se dissoudre dans la mémoire des cinéphilies les plus pointues.

Il s’agit du premier et unique film de son réalisateur, Ken Ruder, aussi connu sous le nom de Alejandro Marti. Il avait auparavant travaillé sur La Boda Era A Las Doce, une comédie, en tant que scénariste et producteur en 1964.
Ce premier saut dans le bain de la réalisation va chevaucher des territoires hallucinés à mi-chemin entre cinéma fantastique gothique et érotisme.

L’article s’organisera en deux temps :

I) La critique de Le Sang Des Autres Ou La Volupté De L’Horreur

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray

I) La critique de Le Sang Des Autres Ou La Volupté De L’Horreur

Egyptian Melodies

XIX° siècle, en pleine campagne anglaise, plusieurs femmes ont disparu. Ces étranges disparitions sont survenues aux alentours du château local où vit le comte Dartmoor. C’est dans cet espace rural, isolé, que James Barton, égyptologue, se rend droit dans la résidence qui effraie les locaux, pour découvrir une étrange momie, que le comte a récemment exhumé de son sarcophage, et ses mystères.
A son arrivée, il est fait captif par le comte lui-même qui l’oblige à écouter le macabre récit des dernières semaines.
La momie a survécu aux siècles, maudite, se nourrissant du sang des jeunes femmes pour exister, traitant leurs corps avec rudesse.

Ken Ruder conduit un film étrange ouvrant de nombreux couloirs du cinéma fantastique et ayant réussi à saisir pleinement le filon de l’époque, plaçant son curseur entre horreur et érotisme. Naviguant en ces eaux qui ont porté un grand nombre de films à l’époque dont peu néanmoins ont su atteindre une reconnaissance publique, s’ancrant dans un cinéma de niche à la fois bancal, tant de par son modèle financier que de par sa réalisation, et extatique, de par la volonté de charmer tout comme de choquer le spectateur.
Une curieuse atmosphère se dégage du film où la bande originale vient nous chercher pour ne plus nous lâcher dans ses structures répétitives, enivrantes, et où la chair et la violence viennent à nous porter vers l’hypnose.
Le Sang Des Autres Ou La Volupté De L’Horreur parvient à captiver notre attention, avec force dans son usage des références à d’autres films qui ont fondé la structure moderne du cinéma fantastique.
Nous accédons à une formule bis repetitae où les clins d’oeil deviennent parfois narrations, où les bases du film, parfois faiblardes, se reposent sur une culture connue, commune, à un grand nombre de spectateurs. Des connaissances nécessaires pour pouvoir apprécier le film qui sans ces dernières pourrait s’avérer d’un vide conséquent.

Les Week-ends Maléfiques Du Comte Dartmoor

En amenant le personnage de la momie hantée, maudite, Ken Ruder fait renaître le spectre du film Kar Freund, mais s’affranchit totalement du caractère romanesque de l’oeuvre originale. Trois décennies séparent les deux films donnant l’opportunité de réveiller avec cette momie, un sadique et pervers individu, contrairement à la recherche meurtrière de l’amour perdu que nous rencontrions durant les années 30.
Ainsi pour plonger au coeur de l’horreur, le réalisateur a la main généreuse, déterre d’autres grands classiques des studios Universal qu’il dénude de tout sentimentalisme pour ne garder que la cruauté et la violence de ces derniers. Nous retrouvons alors le personnage du Docteur Frankenstein derrière le Comte Dartmoor, ainsi que le thème du vampirisme dès lors que la momie plante ses crocs dans la jugulaire de ses jeunes victimes.

Dans ce récit aux influences gravitant autour de ces trois visages de l’horreur, où la comtesse Bathory ne semble pas très loin également avec l’enlèvement de jeunes femmes pour user de leurs sangs et conserver la vie, il est difficile de ne pas également penser au cinéma de Michel Lemoine, plus spécifiquement Les Week-Ends Maléfiques Du Comte Zaroff, ou encore de Jess Franco, dont une ambiance à la fois visuelle et sensorielle semble commune. De ses costumes proches de la boutique de farces et attrapes, à ses décors parfois disproportionnés, nous sommes bercés par le charme de ce cinéma plein de libertés et d’envie, fauché mais plein de rêves.
Le film de Ken Ruder était ainsi dans l’ère du temps et se découvre telle une pièce manquante au puzzle d’un certain cinéma qui se recompose depuis quelques années grâce au travail acharné d’une poignée d’éditeurs.

Une Nuit Sans Fin

Cependant la proposition de Ken Ruder qui démarrait sur les chapeaux de roues, nous promettant un véritable carnaval de d’horreur et d’érotisme, ne se montre pas si inventif et répète inlassablement une formule, un mode opératoire, qui séduisait durant la première moitié mais tend à nous perdre dans sa clôture. Notre attention se relâche sur la dernière demi-heure faute à une mise en scène qui se mord la queue, ainsi qu’un scénario tenant dans le creux de la main.
Le fantasme de découvrir un film jusqu’au-boutiste, fou, s’évanouit lors des dernières séquences. Nous gardons un goût amer, et pourtant les images s’inscrivent sur nos rétines, des formes et des corps se figent dans nos mémoires cinéphiles.

Le Sang Des Autres Ou La Volupté D’un Cinéma Perdu

Le Sang Des Autres Ou La Volupté De L’Horreur est un divertissement érotico-horrifique qui trouve sa place dans un horizon de cinéma assez riche durant les années 70, où Jess Franco régnait en maître, sans pour autant réussir à atteindre le haut du panier, faisant sa place en tant que plaisant divertissement d’exploitation, ne prenant jamais le risque de plonger aux limites de l’indécence, ou de l’érotisme, conservant une certaine zone de confort et se dissimulant à de nombreuses reprises derrière ses références.

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray

Image :

Restauré en 4K par l’éditeur à partir des négatifs originaux, Le Sang Des Autres Ou La Volupté De L’Horreur, qui fête bientôt ses cinq décennies, resplendit. L’étalonnage des couleurs est toujours très juste, jamais trop appuyé, offrant de beaux reliefs.
Le travail autour du piqué a été savamment ajusté faisant ressortir de nombreux détails, propulsant l’oeuvre dans la modernité. Un façonnement qui n’a pas lissé l’image et nous permet de profiter pleinement du grain de la pellicule dans une très bonne mesure.
Quelques très légers flous paraissent parfois sur le bord du cadre, de façon exceptionnelle, et provenant très certainement de l’état des négatifs d’origine.

Encore une très belle proposition.

Le disque UHD n’a pu être testé, l’écran étant utilisé affichant les images en 4K mais ne possédant pas de rendu HDR, le fléau des premières télévisions 4K…

Note image :

Note : 9 sur 10.

Son :

L’édition propose deux pistes DTS-HD MA 2.0 :

  • La piste française :

La piste en présence est de très bonne facture, arrivant à masquer une grande partie des affres du temps, faisant ressortir avec dynamisme le thème musical et réussissant à mettre en avant les voix sans plomber les atmosphères, et contournant toutes saturations.
Un rendu efficace et envoûtant.

  • La piste anglaise :

La version anglaise, quant à elle, possède des qualités similaires à la version française. De plus l’accent british apporte au film un véritable dépaysement et accompagne avec charme la dimension gothique du film.
Reste néanmoins l’impossibilité d’ajouter un sous-titrage français.

Le sous-titrage anglais a également été ajouté à l’édition afin de porter cette sortie vers un public international.

Note son :

Note : 7.5 sur 10.

Suppléments :

C’est ici que notre déception, notre frustration, autour de cette édition pointe le bout de son nez. L’éditeur nous offre des scènes supplémentaires et nous donne à voir l’aperçu des deux autres montages censurés du film, les séquences incluant de la nudité ayant été tournées à plusieurs reprises avec des nuances vestimentaires afin d’esquiver la censure de certains pays. Nous pouvons ainsi découvrir les suppléments suivants :

  • Séquences inédites non sexy (12 min) : où les acteurs ont entièrement vêtus.
  • Séquence inédites demi sexy (5 min 30) : où les acteurs sont dévêtus « à moitié » conservant une certaine pudeur intime.

Enfin l’éditeur nous propose deux séquences coupées, érotiques, qui étaient utilisées pour le montage bien nommé : Perversions Sexuelles.

  • Séquences inédites du montage de Perversions sexuelles (2 min)

Bien qu’il soit amusant de découvrir ces différentes séquences, éveillant toujours plus notre curiosité autour de cette étrange proposition, nous restons sur notre faim et aurions adorer découvrir des anecdotes autour du tournage, l’histoire des multiple titres du film ou encore des témoignages et des éclaircissements autour de Ken Ruder qui semble être un fantôme du cinéma.

Note suppléments :

Note : 6 sur 10.

Avis général :

La restauration 4K proposée par Le Chat Qui Fume est de nouveau de très haut niveau, réussissant à exhumer un film disparu, en partant des négatifs originaux, et nous offrant une qualité de visionnage assez déconcertante, pour un film qui l’est tout autant mêlant cinéma d’horreur et érotisme.
Un spectacle qui se fait néanmoins dépasser par ses références, ne franchissant pas la ligne de la folie, à notre grand désarroi, mais qui dans sa décadence parvient à nous charmer, à créer un espace de cinéma qui plaira à tous ceux qui ont succombé au charme de Les Week-ends Maléfiques du Comte Zaroff et aux films de Jess Franco.

Seul restera une section suppléments un peu creuse et que nous aurions rêvé, à l’image d’autres sorties de l’éditeur, plus fournie.

Note : 7 sur 10.

Pour découvrir Le Sang Des Autres Ou La Volupté De L’Horreur en Blu-Ray/UHD :



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