Union soviétique, Lettonie, 1964. Ulya, une adolescente vieille-croyante mesurant près de deux mètres, grandit dans une ferme isolée. Sa taille hors norme inquiète sa famille, qui se demande quelle est sa place dans le monde. Lorsque la photo de sa classe parvient aux entraîneurs de basket-ball, Ulya est envoyée à Riga, la capitale, pour intégrer une équipe renommée.

| Réalisateur : Viesturs Kairiss |
| Acteurs : Kārlis Arnolds Avots, Alise Dzene |
| Genre : Drame Historique |
| Pays : Lettonie, Pologne, Estonie, Lituanie |
| Durée : 102 minutes |
| Date de sortie : 2026 |
Quelque chose se trame en Europe de l’Est. Oui. Oui. Quelque chose se trame.
Dans les pays qui ont connu le système soviétique, une mécanique, le cinématographe ne cesse son mouvement cyclique.
Le mouvement est de plus en plus ample et les insaisissables fantômes de l’Histoire se font piéger par ceux qui sont derrière la caméra, les kinoglaz.
Pawel Pawlikowski, Rainer Sarnet ou encore Vaclav Marhoul, il y a là les voix d’une cicatrice hurlante venue tout droit du XX° siècle, de la seconde guerre mondiale à la guerre froide en passant par l’arrivée du modèle communiste. Cette génération de cinéastes ausculte une période rendue muette par les régimes et le temps. Ils racontent les événements passés, les folklores, les peuples et les croyances.
Ces derniers, observant le monde à travers un spectre noir et blanc, viennent de pays différents -Estonie, Lettonie, Pologne et République Tchèque- et sont les héritiers de cinéastes tels que Béla Tarr ou encore Marta Meszaros.
Le noir et blanc fige le temps, l’usage de la pellicule, de ses aspérités et reliefs organiques, ouvrent des espaces dérobés de l’histoire. L’invisible transparait.
Dans ce souffle, Viesturs Kairiss, qui n’en est pas à son coup d’essai, mais que nous découvrons à peine par chez nous, prend la voie du biopic, comme l’avait expérimenté Serebrennikov pour Leto, avec un portrait de Victor Tsoi, et conte l’histoire d’Ulyana Semjonova, avec une esthétique qui rappelle La Jeune File à L’aiguille de Magnus Von Horn, jeune femme de grande taille, arrachée à son Kolkhoze pour intégrer une équipe de basket régionale.

Ici, le hic, pour une des joueuses de basket les plus réputées de l’Histoire, c’est que Ulyana, sortie de sa campagne, n’a pas la moindre idée du fonctionnement de ce sport et a une motricité pour la moins compliquée.
Kairiss va alors filmer, comme vous pouvez l’attendre, les premières heures, déboires et entrainements de ce personnage historique qui n’a pour lui que sa taille, sa différence.
Cependant, ravalez votre salive, on sent déjà le désintérêt poindre, mais ne partez pas, car Viesturs Kairiss ne se vautre jamais dans le film scolaire, et là réside l’élan de ce Ulya, qui dans son récit ordinaire trouve sa transcendance dans une mise en image remarquable, permettant de s’extirper des marécages d’une lourdingue narration.
Ulya, tourné en 16mm, fait parler l’image, c’est un comble de s’en trouver à rappeler ce geste qui est la glaise même du cinématographe, mais oui, enfin, dans ce festival de Cannes 2026 particulièrement bavard, le cadre susurre enfin l’histoire, parfois avec de gros sabots, certes, bave un peu, mais nous y sommes dans cette image qui délivre ses secrets.
De par ce travail de flous, de mises au point, de textures, de lignes et d’ombres, Ulya devient une oeuvre plastique particulièrement entêtante qui évite avec justesse toute vision présomptueuse.
Kairiss quitte le projet de restitution historique et préfère un voyage sensoriel, poétique, vibrant.
Ce que l’on découvre, au-delà de l’histoire d’Ulya, c’est la grammaire d’un cinéaste-conteur, qui fait du photogramme un murmure.

Cette esquive du vulgaire biopic est intéressante car qu’est ce qu’un biopic si ce n’est une vision fausse et restreinte du réel, un patchwork d’informations collectées par des élans médiatiques sensationnalistes.
Pouvons-nous donc nous y fier ? Ne participons-nous pas à un acte-mensonger, si ce n’est propagandiste, dès lors que l’on accepte le biopic dans sa forme classique ?
C’est à cela que fait penser Ulya, à notre rapport au récit, à l’image, à l’histoire vraie.
L’exactitude n’est plus le maître-mot car qu’est ce qui est exact… Le témoignage a tous les défauts de la subjectivité du conteur, alors c’est dans l’imaginaire entre projection individuelle, celle du cinéaste, et conscience collective, ressenti d’une population, que se joue le réel dès lors qu’il fuit le champ documentaire. La fiction ne pourra jamais être vraie. C’est la définition même du concept fictionnel. Et pour ancrer sa vision, le cinéaste y entre frontalement faisant incarner Uliana par un jeune acteur, Karlis Arnolds Avots, et joue sur les traits androgynes pour acter par la même occasion son rapport au réel.
Kairiss a cela de beau dans sa manière de raconter, c’est qu’il veut faire vivre une expérience, ne se noie pas dans le détail de vie mais plutôt dans l’ondulation d’un destin, destin qu’il préfère faire ressentir plutôt que déclamer, et donc imposer.



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