« Les Monstres de la Préhistoire » réalisé par Junji Kurata : Critique et Test Blu-Ray

Suite à la récente activité volcanique du Mont Fuji, des dinosaures se réveillent d’un long sommeil et sèment la terreur près d’un lac peuplé de nombreux touristes.

Réalisateur : Junji Kurata
Acteurs : Tsunehiko Watase, David Freedman, Hiko Sawano
Genre : Kaiju, Horreur, Catastrophe
Pays : Japon
Durée : 92 minutes
Date de sortie :
1977 (salles Japon)
Juin 2026 (Blu-Ray)

Le Japon, au cinéma, nous l’aimons, comme terre d’étrangetés tout d’abord.
Il y a toute une grammaire, tout un folklore, qui n’existe qu’au pays du soleil levant de Godzilla à Tetsuo, de Les Funérailles des Roses à Orgies Sadiques de l’ère Edo traduisant les inquiétudes de la fin d’un essor économique sans précèdent et la présence constante d’une double instabilité troublante à la fois géologique, séismes et autres tsunamis, et idéologique, la main mise américaine et le rapport à l’empereur.
Le pays contient toute une armada de titres obscures et complètement barrés, témoignage de cette drôle d’époque qui vacille, en pleine crise économique, à la suite des manifestations étudiantes de 1968 et face au péril du cinéma contre la télévision.

Que reste donc t’il à faire pour contrecarrer le petit écran ?
Réaliser un cinéma hors de contrôle, populaire, divertissant et violent, ne pouvant avoir sa place sur les canaux hertziens.

C’est alors le temps d’une grande folie, celle d’un cinéma qui pompe les grands succès mondiaux, les détourne et en fait des oeuvres aussi attirantes que dangereuses.
Dans ce créneau, il est temps d’exhumer un certain Les Créatures de la Préhistoire.
Oeuvre jouant sur les motifs de Godzilla et Les Dents de la Mer.

C’est grâce à Roboto Films que le film apparaît à nouveau face aux regards éberlués des cinéphiles errants, oeuvre confidentielle ayant connu une timide sortie VHS en France mais ayant rempli les salles soviétiques.

Réjouissez-vous adorateurs de monstres et d’horreur, de catastrophes et de dinosaures, Junji Kurata, en 1977, a été généreux.

Mont Fuji. Sueurs Estivales. Créatures Antédiluviennes.

Eté 1977. Le climat fait déjà des siennes.
Les températures fluctuent s’intensifient fortement dans certaines régions et chutent brutalement dans d’autres.
Aux abords du Mont Fuji, ce choc thermique a ouvert une brèche, une cavité souterraine, en pleine forêt. A l’intérieur, d’immenses oeufs craquelés.
Derrière la coquille des créatures d’un autre temps, non pas de la préhistoire comme voudrait nous le faire croire le titre, mais de bien plus loin, d’il y a 65 millions d’années, des dinosaures.

Dans les parages, des vacanciers, des journalistes, des scientifiques et des curieux.

Junji Kurata use de cette trame de cinéma bis pour faire moduler son geste de cinéma de studio, artisan d’un cinéma de genre populaire.
Pour sa recette il croise le film de Kaiju, tradition dans le pays depuis Godzilla, et le film d’horreur animalier, le succès de Les Dents de La Mer de Steven Spielberg est extrêmement fort à l’époque.
En mêlant ces deux dimensions, le cinéaste trouve la voie pour hybrider deux expressions cinématographiques qui se complètent à merveille et se redynamisent mutuellement croisant combats dantesques et horreur échelle humaine.

Le récit… jetez-le aux flammes. Les Créatures de la Préhistoire est là pour vous divertir. De la même manière que vous jouiez avec vos jouets dans votre chambre quand vous étiez marmots.
Ce n’est pas un plat que nous sert Kurata mais une sucrerie, celle de seize heures, sous le cagnard, où les sucres rapides envoient des décharges de dopamine et font tout oublier.
La proposition qui vous est faite n’est pas sage, elle est diablement désinvolte et surprend constamment croisant monstre du Loch Ness, corps déchiquetés, bande sonore funky et affrontements à la Ray Harryhausen. Le film se cache derrière les codes et dans le même mouvement s’en moque.

Le cinéaste mêle ses expériences de cinéma passées et fait un chouette pot-pourri.
C’est un plaisir de bisseux total où les scientifiques improvisent leurs répliques sans queue ni tête, où les touristes sont bons à être dévorés, où les monstres ne peuvent entrer complètement dans le cadre, où les journalistes sont là pour créer un récit médiatique hilarant et où le spectateur, lui, ne peut que rester éberlué, admiratif, d’un tel chaos, d’un telle liberté récréative.

Kurata s’amuse. On s’amuse.

Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray

Roboto Films continue son bout de chemin.
Une nouvelle fois, l’édition est sobre. L’éditeur réussit le pari de constituer toute une ligne éditorial e avec une identité visuelle forte.
Avoir des titres de chez eux sur l’étagère cela fait fichtrement plaisir.

L’édition est soignée, se présentant avec un étui cartonné de qualité renfermant un beau scanavo avec une affiche française d’origine trop peu utilisée du fait de la rareté du film sur nos terres.
A l’intérieur du boitier, un livret de 28 pages qui revient sur le parcours du film et disserte autour de la vie du réalisateur, des acteurs ou encore du compositeur. C’est simple mais efficace pour un film oublié par chez nous.

Image :

Nous ne connaissions que quelques images fatiguées de ce véritable secret de nerds du cinéma nippon et il faut avouer que nous n’espérions pas un tel rendu.
C’est beau, le grain de la pellicule est respecté, l’image respire, le relief est plutôt fin, certains trucages deviennent même visibles (on adore pour notre part), et la colorimétrie est judicieusement nuancé.

Le cadre a été nettoyé et stabilisé, bien que de rares scories et craquelures fassent leurs apparitions.

Note : 8 sur 10.

Son :

VO & VF DTS-HD Master Audio 2.0

Nous nous sommes principalement orientés vers la piste originale qui est de bonne facture avec de belles strates dans les dynamiques.
Le mix parvient à éviter les saturations, les voix trouvent une juste place et les orchestrations funky ainsi que l’atmosphère sonore ont une ampleur qui conduit l’attention du spectateur à revenir constamment se plonger dans les aventures de ces monstres venus d’un autre temps.

Note : 8 sur 10.

Suppléments :

Roboto Films en plus de son livret de 28 renfermant une analyse du film, de son parcours et de son casting, ainsi que des photos d’exploitation, a ajouté quelques bonus bien sentis sur le Blu-ray, dont un immanquable entretien avec le bien-aimé Fabien Mauro.

  • Présentation du film par Fabien Mauro :

    Le spécialiste hexagonal en matière de kaiju-eiga aborde le cas Les Monstres de La Préhistoire et apporte de nombreux éclairages sur la naissance d’un tel projet, les raisons qui font de ce film une mutation pour le genre.
    Fabien Mauro est assez franc et n’essaie pas de vendre le film pour autre chose qu’il est.
    Un supplément incontournable post-visionnage.
  • Présentation de collection avec Jean-Baptiste Pujolle :

    Véritable supplément pour les cinéphages, direction la collection de Jean-Baptiste Pujolle qui exhume ses merveilles de collectionneur et aborde par le biais de ses reliques l’histoire tumultueuse de la distribution du film. Intrigant.
  • Bandes-annonces

Note : 8 sur 10.

Pour découvrir Les Monstres de la Préhistoire en Blu-Ray :
https://roboto-films.fr/products/les-monstres-de-la-prehistoire

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