« Mister Frost » réalisé par Philippe Setbon : Critique et Test Blu-Ray 4K UHD

Mais qui est Mr Frost ? Arrêté par Felix Detweiler dans son manoir de Brighton, dans le jardin duquel il a enterré 24 victimes dont il a filmé les séances de torture, Mr Frost n’a aucune existence légale et reste une énigme pour les autorités. Trois mois après son arrestation, il se mure dans le silence. Après deux ans à passer d’un établissement à l’autre dans toute l’Europe, il quitte son mutisme, à son arrivée à l’hôpital St Clare, pour annoncer qu’il ne parlera qu’au Dr Sarah Day. 

Réalisateur : Philippe Setbon
Acteurs : Jeff Goldblum, Alan Bates, Kathy Baker, Jean-Pierre Cassel
Genre : Fantastique, Policier
Pays : France
Durée : 104 minutes
Date de sortie :
1990 (salles) 
2026 (Blu-Ray/4K)

Le Chat Qui Fume a le chic depuis plusieurs années d’exhumer des films et des cinémas oubliés.
De l’Italie au Japon, des Etats-Unis aux Philippines, il agrandit son tour du monde et n’oublie jamais pour autant sa terre natale.
L’éditeur a su faire renaître des cinéastes français tels que Claude Mulot ou encore Serge Leroy mais a également réussi à mettre en lumière des oeuvres et metteurs en scène voués à l’oubli.
Chaque année mène à de nouvelles explorations et l’année 2025 se terminait avec la restauration du très attendu Mort Un Dimanche de Pluie, réalisé par Joël Santoni, film écrit par un certain Philippe Setbon, scénariste mais aussi réalisateur d’un film difficilement dénichable mais culte pour une petite sphère, Mister Frost.
Et quelle chance ! Cette pièce perdue de cinéma vient faire sa réapparition en 2026, grâce à notre matou préféré, et ce, en Blu-Ray et 4K UHD.

Mister Frost

Philippe Setbon est un homme de l’ombre.
Pour les amoureux de cinéma français, avec un spectre plutôt large, il représente le scénariste de Les Fauves réalisé par Jean-Louis Daniel, de Mort Un Dimanche de Pluie de Joël Santoni mais aussi de Détective réalisé par Jean-Luc Godard.
De Daniel à Godard il y a un monde et Setbon a su montrer une certaine agilité dans ces différents registres.
Sa filmographie, en tant que cinéaste, quant à elle, est plus confidentielle.
Confidentielle si ce n’est même demi-enterrée.
Et pourtant cette dernière conserve une petite aura, non pas seulement dans l’hexagone mais à travers le monde avec ce curieux Mister Frost, film croisant cinéma fantastique, polar et romance.

La présence de Jeff Goldblum dans le rôle titre, quatre ans après son passage par le cinéma de Cronenberg et son rôle dans La Mouche, y est très certainement pour quelque chose dans la résistance face au temps de cette oeuvre obscure.

Une présence importante, certes, mais si l’on détourne le regard de la star états-uniennes, on constate que le reste du casting fait également de l’effet avec la présence de Alan Bates (Hamlet, Gosford Park), Kathy Baker (Edward aux Mains d’Argent, Take Shelter), Jean-Pierre Cassel (L’Armée des Ombres) et Daniel Gélin (Le Testament d’Orphée, La Cité de La Peur).

Sur le papier, un petit mirage de cinéma hexagonal se tend face à nous.

Prenez garde cependant.
Il s’agit d’une illusion.
Regardez les coulisses, un indice s’exhibe.
Jetez un oeil du côté de l’équipe technique qui n’a travaillé presque qu’uniquement sur cet étrange Mister Frost.
On peut néanmoins relever Heather Jones, coiffeuse sur Hellraiser 2 et Cabal.
Pour le reste de l’équipe il n’y a pas de véritable avant ni après Mister Frost et il y a bien des raisons à cela.

Dernier film réalisé par Philippe Setbon et véritable four au box-office, Mister Frost est un naufrage absolu tant dans son écriture que dans sa mise en scène.
Rien ne va.
De la barbe blanche et cheveux charbons de Alan Bates au médecin torse nu sous sa tenue de travail déboutonnée en passant par l’éclairage digne d’un téléfilm sans compter les compositions du cadre complètement à la ramasse, c’est affligeant.
Setbon n’a pas su maîtriser son tournage et c’est un fiasco, on se demande même comment Jeff Goldblum a pu se relever de ce rôle d’entité démoniaque.

Le récit ?
Un homme ayant tué 24 personnes est arrêté.
Durant trois ans il est trimballé d’hôpitaux psychiatriques en hôpitaux psychiatriques et s’enferme dans un profond mutisme.
A son arrivée dans une nouvelle clinique, il tombe sous le charme du Dr Sarah Day et se met à nouveau à parler.
Dans les couloirs de l’hôpital, des événements étranges troublent le calme du lieu.

Tenant en quelques lignes l’idée de départ qui aurait pu donner un film criminel généreux s’élance dans les rouages d’un film d’ambiance qui a la finesse d’un épisode de Louis La Brocante, l’esthétisme d’un épisode de Julie Lescaut.
C’est moche, terriblement moche, Mister Frost ne raconte rien et décline des dialogues à l’absurdité lunaire jouant des brouillards sur l’identité du personnage principal.
S’agit-il d’un maniaque, d’un démon, de Dieu, de Satan ? En tant que spectateur, on s’en contrefiche. Aucun personnage n’existe réellement à l’écran, ils sont tous désincarnés.

Les crimes sont constamment hors champ, et dans le cadre il n’y a rien à voir si ce n’est des espaces vides à la lumière criarde.
Setbon ne cesse de vouloir créer une ambiance, un malaise, mais il n’y a que dépit et rires gênés.

On se demande parfois si l’on n’a pas raté un élément, si ce n’était pas le bon jour.
Concernant le cas Mister Frost, il n’y a rien à voir, et donc rien à louper, ce ne sera jamais le jour adéquat pour observer un tel néant en matière de cinéma et épiloguer serait donner trop de crédit à l’entreprise.
Pour les curieux et aficionados de Goldblum, c’est intéressant, intéressant de se demander comment l’acteur a pu se relever d’un tel bourbier et rebondir trois ans plus tard dans le cultisme Jurassic Park.

Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray & 4K UHD

Le Chat Qui Fume, comme à son habitude, concocte une édition sobre et du plus bel effet, avec boitier scanavo et étui cartonné avec un design pensé et travaillé par notre bien aimé Frédéric Domont. L’édition trouvera parfaitement sa place dans la belle continuité de la collection de l’éditeur.
Simple et efficace.

Image :

Le master image est vraiment irréprochable avec une belle profondeur et une palette de couleurs apportant une véritable jeunesse à ce film oublié qui commençait à souffrir des affres du temps.
La présence du traitement Dolby Vision apporte une vraie minutie colorimétrique livrant de fins reliefs.
C’est beau, Mister Frost revit. Il s’agira maintenant de trouver son public. Pour ceux qui sont déjà acquis à la cause, vous pouvez archiver votre VHS à la cave.

Note : 10 sur 10.

Son :

Tout comme pour le master image la piste son qu’elle soit VF ou VOSTFR est remarquable.
Les versions 2.0 sont frontales et équilibrées laissant la musique et les voix s’exprimer avec de belles dynamiques.
La piste 5.1, quant à elle, use des surrounds pour les orchestrations et ambiances sonores. C’est une réussite.

Note : 8 sur 10.

Suppléments :

Tout ce que vous rêviez de savoir sur le film et son cinéaste par Philippe Setbon en personne.
En deux temps il abordera sa carrière, déjà présent sur l’édition de Mort un Dimanche de Pluie, puis le film Mister Frost de sa genèse à sa sortie difficile.
De grâce, l’éditeur a également intégré le court-métrage Anton Muze qui est à nos yeux bien plus intrigant que ce ronflant Mister Frost.

• Profession scénariste avec Philippe Setbon (25 min)

• Mister Devil avec Philippe Setbon (53 min)

• Anton Muze, court-métrage de Philippe Setbon (16 min 30)

Note : 8 sur 10.

Pour découvrir Mister Frost en Blu-Ray :
https://lechatquifume.myshopify.com/products/mister-frost-bluray?_pos=1&_psq=frost&_psid=186555055&_ss=e&_v=1.0



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