Une jeune fille attend le prince charmant…

| Réalisateur : Annabelle Martella |
| Acteurs : Aurore Jacquet, Annabelle Martella |
| Genre : Essai, Horreur |
| Pays : France |
| Durée : 17 minutes |
| Date de sortie : 2026 |
La Chambre de Chantal Akerman saute aux yeux.
La caméra entame un plan-séquence, un mouvement circulaire.
La camera obscura est fixée sur pied.
Chaque rotation révèle des révolutions. Les mois passent. Le décor module. La lumière prend différentes attaches dans la pièce. L’intimité d’Aurore se dévoile, entre fantasme de la jeune fille et zones d’ombre, torturées et tortueuses.
Dans l’appartement, aux fenêtres scellées, traînent des cartes de tarot, quelques fruits, une pile de lettres, un calendrier, des vêtements.
Sur le lit, Aurore. Elle attend, patiemment.
Du sommeil profond à la pomme croquée, tout un référentiel s’affiche, de Blanche-Neige à Ève en passant par Raiponce.
Mais que restera-t-il dans la psyché d’un être qui voue sa vie à l’attente ?
Que restera-t-il d’un corps figé attendant la venue du prince charmant ?
C’est l’axe qu’emprunte Annabelle Martella.
Elle questionne l’attente, l’errance et l’auto-destruction.
La cinéaste entre dans une tradition de cinéma entre documentaire et fiction, entre conte et poème, où vivent Je, Tu, Il, Elle de Chantal Akerman, encore, l’illusion des productions Disney et le chaos des jeunes filles dévorées par l’injonction sociétale à être désirée et désirable, que Pique-Nique as Hanging Rock de Peter Weir et The Virgin Suicides avaient dézingués en leurs temps, en convoquant la mort.
De prime abord le dispositif assez austère donne à penser à un énième court-métrage de fin d’étude, cherchant la forme, l’expérience de l’image, et oubliant quelque peu le fond.
On s’inquiète de tomber sur une vision bis repetitae de cinéma expérimental, et puis, un magnétisme émane.
Martella s’amuse à faire glisser l’immobile vers des dénaturations progressives, jouant sur le pourrissement psychologique et ne se fourvoie pas dans le sensationnel.
Le mouvement de caméra rotatif appelle le spectateur.
A chaque nouvelle ronde entamée, une plongée toujours plus loin dans l’horreur ordinaire s’effectue, dans des motifs sociétaux qui poussent à la solitude, à l’abime.
Puis la caméra se fige, déroge à la règle, au rythme, une anomalie pointe le bout de son nez, le cauchemar s’est suffisamment immiscé pour créer le glitch. Le film propose alors bien plus qu’une revisite de La Chambre mais une réinvention moderne, qui va jusqu’à employer un langage internet, à la lisière du cahier journal et du creepypasta, pour raconter ce qu’il se passe dans les plus hautes tours où les princesses sont prisonnières de leur condition de naissance.
C’est effrayant. Aurore est effrayant.



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