Pérouse, fin des années 1980 – L’inspecteur Datti enquête sur le meurtre d’une médecin. Peu de temps après, un autre assassinat est perpétré, la victime étant cette fois la compagne du pianiste Robert Dominici. Le tueur, très sûr de lui, en vient à provoquer le policier au téléphone, le mettant au défi de l’arrêter.
Le giallo est de retour chez Le Chat Qui Fume, et ce n’est pas le moins intéressant d’un genre particulièrement fourni qui vient nous sauter à la figure.
Ruggero Deodato a le droit à une nouvelle édition. Enfin !
Sa filmographie est venue bien trop rare ces dernières années.
Etcerise sur le gâteau, l’éditeur français propose d’exhumer Le Tueur de la Pleine Lune qui était devenu particulièrement difficile à débusquer.
Sortez vos gants noirs, vos lames. La nuit est là.

| Réalisateur : Ruggero Deodato |
| Acteurs : Edwige Fenech, Michael York, Donald Pleasance |
| Genre : Giallo |
| Pays : Italie |
| Durée : 92 minutes |
| Date de sortie : 1982 (salles) 2026 (Blu-Ray) |
Le Tueur de la Pleine Lune,
Deodato parmi les cinéastes italiens qui ont marqué le cinéma d’exploitation des années 70 jusqu’au début des années 90 est ce que l’on peut appeler un second couteau. Un second couteau, oui, mais une lame particulièrement affutée dès lors qu’il est question d’entamer la chair.
Le père de Cannibal Holocaust fait partie de ceux qui n’ont pas de genre fixe. Il fait partie intégrante de la grande tradition des cinéastes-artisans du cinéma italien, de Bava à Fulci, de Lenzi à D’Amato. Qu’il s’agisse de western, de comédie érotique, de cannibales, d’horreur gothique ou même d’action bien musclée, Deodato se défend toujours avec malice et impose sa signature outrancière, au rythme des différents filons cinématographiques de son temps.
Avec Le Tueur de la Pleine Lune, film presque oublié de sa filmographie, le cinéaste s’engage en 1982 dans les premières heures de la métamorphose du giallo, le néo-giallo. Une variation où nombreux se sont cassés les dents, où les grands ont sombré, et les plus petits ont réussi avec tranchant à se ré-imaginer. Les codes sont bien les mêmes mais la manière de conduire le récit, elle, n’hésite pas à convoquer le fantastique ou à révéler le tueur dès l’amorce. Une nécessité de renouvellement face à l’essor du slasher. Il faut que l’image devienne de plus en plus incisive, que le récit soit de plus en plus halluciné, quitte à flirter avec le grotesque.

Ici, gardez les meurtres à l’arme blanche mais préparez vous à connaitre l’assassin assez tôt et surtout à observer les coulisses du jeu du chat et la souris entre la police et le meurtrier.
Deodato prend le risque d’arracher tout le suspense de l’enquête pour situer le spectateur dans un espace voyeur assez singulier. L’oeil, face à l’écran, a toutes les cartes en mains. L’intérêt provient alors du fait d’observer l’impossibilité pour la police de mettre la main sur un tueur qui ne cesse de changer physiquement et cellulairement. C’est une course contre la montre inventive, où le sang coule à flot à chaque mise à mort, mais où, la tension ne repose plus tant sur le crime mais sur le développement de la personnalité du tueur.
Le corps de ce dernier, atteint de la progeria, ne cesse de vieillir à vitesse grand V et son motus operandi, guidé par la colère et la perte de contrôle, évolue constamment en fonction des forces qui lui restent. Une manière qui amène ce petit giallo pugnace à devenir une compilation du genre, jouant tant sur les axes classiques que sur ses modernismes. La proposition entretient une balance saisissante entre absurde et profonde noirceur. Le visage s’affaisse, se disloque. Entre dégoût et pitié-crasse, le personnage principal sombre et emporte absolument l’entièreté de l’univers du film, tape sur la petite bourgeoisie, se moque des services de police et défie le regard spectateur.

Dans cette course contre le temps, contre la mort, le film de Deodato entretient un curieux miroir entre le protagoniste du film et le filon qu’est le giallo commençant à se tarir. Nous vivons les derniers temps du genre, le cinéaste italien en est bien conscient et aborde cette sombre situation qui observe également le déclin du grand cinéma italien, qui se débat corps et âmes face à l’arrivée de la télévision berlusconienne, amorce d’une société écervelée. Dans ce chant du cygne, le film convoque les plus grands de son temps et amorce l’arrivée de techniciens qui verront le crépuscule d’un cinéma de la démesure et de l’audace.
D’un côté Donald Pleasance, figure majeure du Slasher US -oui, oui, le Docteur Loomis-, Edwige Fenech (L’Etrange Vice de Madame Wardh), Pino Donaggio à la composition (Carrie, Blow Out, Don’Look New), Gianfranco Clerici à l’écriture (Cannibal Holocauste, L’Eventreur de New York) et Ottaviano Dell’Acqua aux cascades (Starcrash, John Wick 2).
De l’autre Michael York (Austin Powers), Giorgio Di Battista en chef opérateur (Bomber, Karate Warrior 2) et Roberto Tatti en assistant réalisateur (Conquest).
Un film symptôme qui marque l’inversement des pôles, la fin d’un temps où le cinéma italien venait piquer dans la charogne du cinéma américain pour le dynamiter, une nouvelle ère où Hollywood a repris les rênes, et où le cinéma d’exploitation italien suit, essaie de tenir la distance jusqu’à épuisement absolu de son système.
Et si il ne s’agissait tout simplement pas de l’histoire de Roberto Dominici, le personnage principal ?
Le Tueur de la Pleine Lune, titre français putassier jouant sur le cas Francis Leroy, et dont nous préférons le titre italien, Un Delito Poco Comune, est une vraie réussite de modulation sur les codes du giallo, tentant de nouvelles pistes pour un genre qui observe la fin de son âge d’or. Ruggero Deodato a toujours sa patte excessive et réussit à jouer avec les limites du bon goût pour guider le regard dans un festin fait de corps lacérés et d’un visage ne cessant de se déformer.

Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray
L’édition de Le Tueur de la Pleine Lune reprend l’esthétique de la collection classique de l’éditeur, Scanavo avec fourreau.
Le visuel avant, celui du fourreau, est concocté par Grégory Lê, et reprend les dynamiques principales du film sans trop en dévoiler. C’est aussi kitsch qu’inquiétant, c’est à l’image du film. Le reste de l’édition a été mis sur pied par notre bien-aimé Frédéric Domont, infographe historique chez Le Chat Qui Fume.
L’édition contient un livret pour analyser le film, écrit par Martin Beine.
Image :
Découvrir Le Tueur de la Pleine Lune depuis son canapé, cela relève d’une véritable chance.
Le master en présence, quant à lui, est très confortable. Le rendu est bon, surtout lors des séquences diurnes. Le niveau de détails et la profondeur sont plaisants. C’est lors des séquences plus sombres que le master se trouve moins stable. Les noirs sont moins définis, parfois grisonnants et la colorimétrie affiche certaines limites.
Cela reste stable mais loin des standards luxueux actuels.
Une belle petite restauration.
Son :
Italien et Français des HD MA 2.0
Pour notre part, nous avons tenté l’aventure en version italienne.
Le master son est très bien équilibré, la bande son a une belle présence, les voix ne saturent jamais. Le tout est frontal, il n’y a pas de jeu particulier de spatialisation, cela fait le taf à merveille.

Suppléments :
L’édition contient deux suppléments, un livret et un entretien avec le cinéaste, ainsi que des bandes annonces.
- Livret contenant une analyse du film par Martin Beine :
Pour notre part, la présence d’un livret et bien souvent le supplément que nous préférons. Celui-ci ne fait pas exception à la règle. Martin Beine revient sur le moindre rebondissement du film et tisse une toile assez imposante pour situer le film dans le contexte de sa sortie. Il aborde également les modulations opérées sur le genre par Deodato. Superbe.
- Interview du réalisateur Ruggero Deodato (33 minutes) :
Dans un entretien filmé quelques temps avant son décès, Ruggero Deodato aborde l’époque difficile en Italie pour produire de bons films au début des années 80. Il revient sur la fuite des producteurs à Monte-Carlo. Il s’agit d’un supplément âpre où le cinéaste explique avec amertume comment les années 80 ont ponctionné le cinéma italien jusqu’à empêcher les cinéastes de filmer et monter comme bon leur semble. Pour le cinéaste Le Tueur de La Pleine Lune semble être tout à la fois un projet lui tenant à coeur mais aussi une déception.
Ne ratez pas ce moment intime avec le cinéaste. Les idées sont claires et le voyage proposé fort intéressant.
Pour découvrir Le Tueur de La Pleine Lune : https://lechatquifume.myshopify.com/products/le-tueur-de-la-pleine-lune?srsltid=AU7gw4VDzAqmII981fiwdEK5CXGj-ea3fbEDiJNzR8KeYXBeDFRBFAAH


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