« Vade Retro » réalisé par Antonin Perejatko : Critique et Test DVD

Synopsis : Norbert, vampire de bonne famille aristo-réac, doit trouver une femme de sang pur à mordre et à épouser s’il veut survivre et ne pas être renié par ses parents. Envoyé en bateau au Japon, accompagné de son valet gardien de musée, il fait naufrage sur l’île de Boulet Rouge.

Antonin Perejatko fait partie intégrante d’une nouvelle vague de la comédie française lancée il y a une quinzaine d’années.
Un mouvement qui compte dans ses rangs Jean-Christophe Meurisse, Benoit Forgeard, Quentin Dupieux ou encore Serge Bozon.
Perejatko c’est un miracle, La Fille du 14 Juillet, une franche rigolade, La Loi de La Jungle, quelques doutes embarrassants, La Pièce Rapportée, un documentaire plutôt malin, Voyage au bord de la Guerre, et puis toute une flopée de courts-métrages sacrément inventifs.

Vade Retro, une formule qui repousse le mal tout comme elle attire le curieux. C’est le juste titre du film.
C’est cette posture qu’emprunte le cinéaste pour son nouveau film, sorti silencieusement en décembre dernier.
Neuf mois plus tard, Vade Retro débarque enfin en DVD, chez Blaq Out.
Il est grand temps d’effectuer un petit rattrapage.

Réalisateur : Antonin Perejatko
Acteurs : Esteban, Pascal Tagnati, Alma Jodorowsky
Genre : Comédie, Horreur
Pays : France
Durée : 95 minutes
Date de sortie :
31 décembre 2025 (salles)
9 septembre 2026 (DVD)

I) Vade Retro,
histoire d’un aller sans retour, d’un corps filmique exsanguiné

Comme mentionné plus haut, vous l’aurez compris, Perejatko a déjà un beau parcours et chacun de ses projets est une véritable attente.
Mais ce que nous ne vous avons pas dit c’est que le cinéma du monsieur est complètement déjanté. Déjanté au point de faire tourner la tête, au point de se perdre et parfois dérailler. Sortir du cadre c’est ce que l’on attend, mais il ne faudrait pas s’oublier, se perdre.
Pour se mesurer à l’aventure qui se dresse face à vous il faut être bien reposé car vous serez mis à rude épreuve. Le régime minimum : une farce par scène.

Alors imaginez désormais cette frénésie au service d’un récit qui conte le parcours d’un vampire en quête de sang pur, envoyé au bout du monde par ses parents, et qui s’échoue sur une terre fictive à équidistance de tous les continents : Boulet Rouge.
Sur ce bout de terre, appartenant à la France, la population est métissée, toutes les croyances sont en présence, du christianisme à l’islam en passant par le bouddhisme et la culture vaudou. Sur place, un centre pour ultra riche y développe un système pour purifier le sang, afin de paraitre la vingtaine lorsque l’on approche la centaine.

Perejatko met les pieds dans le plat, grassement. Il ne convoque ni Dracula, ni Nosferatu mais le brave Norbert, impuissant face à la tache de mordre une fille.
Sur cette terre de bout du monde Perejatko observe l’impasse de notre société, une voie sans issue à la fois économique, culturelle, spirituelle et tout simplement humaine.

La messe est dite dès la première image.
Vade Retro joue avec tout le mauvais goût qui puisse exister et tente constamment de le détourner.
L’image fait amateur, les effets visuels vomissent des pixels et les acteurs maltraitent leurs jeux pour toucher au grand guignolesque.
Une démarche qui est proposée sans retenue et qui a du mal à tenir le savant jeu d’équilibriste que nécessite le spectacle de l’absurde.

Tout y est entassé jusqu’à pousser le déroulé à se transformer en dents-de-scie, et non de vampire. C’est dommage car il y a matière à faire.
Ce que vous vous apprêtez à goûter est un bouillon bien gras où les carcasses de fond de cuve flottent. Tout est apparent, l’humour tâche. Le sang gicle.
Perejatko joue sur tous les tableaux et s’essaie à la réalisation d’un numéro comique qui s’attèle à faire rire à gorge déployée, un peu tout le monde. Ce sera quitte ou double.
Entre gags de boomers et fins tranchés sur la société moderne, Perejatko fait du vampire une projection des anciens mythes désormais complètement perdus face à la rapidité idéologique et technologique issue d’une mondialisation massive.
Vade rejoint alors la liste des films de suceurs de sang détournés aux côté du récent Dracula de Radu Jude mais aussi du cultissime Du Sang Pour Dracula de Alan Morrissey. Cependant, il ne possède pas la même souplesse d’écriture.

D’ailleurs, la proposition ne s’arrête pas à la réinvention bâclée de la figure du vampire, il s’élance dans un foutraque geyser référentiel, aussi touchant que maladroit.
Les Chasses du Comte Zaroff, Les Yeux Sans Visage, L’Île du Docteur Moreau, tout y passe et les acteurs se plient en quatre pour tenir le carnaval qui se joue sous nos yeux éberlués qui ne parviennent pas à tenir la distance.

Vade Retro, c’est un all-stars movie, où une grande partie des acteurs chéris par Perejatko, Pascal Légitimus, Pascal Tagnati, Estéban, ou encore Fred Tousch, sont en place. Ils assurent le spectacle mais ne se concertent jamais et finissent par offrir une grande cacophonie qui approche très régulièrement de l’indigestion, et épuise.
La finesse de narration, de cynisme et de clairvoyance du cinéaste s’est émoussée, le format est bien trop long, Perejatko est bien plus percutant sur les formats courts, à savoir, Les Algues Maléfiques et Mandico et le TOpsychoPOR. Raté.

II) Les caractéristiques techniques de l’édition DVD

C’est un peu triste le sort réservé à Antonin Perejatko en matière d’édition vidéo.
A l’exception de La Pièce Rapportée, sorti chez Diaphana, aucune de ses sorties n’a eu droit à une édition Blu-Ray, toutes restent cantonnées à l’antique format DVD, et ce n’est pas Vade Retro qui fera exception.

Image :

Tout dépendra sur quel appareil vous expérimenterez l’aventure.
Les écrans les plus modernes tirent sur la définition de l’image, laissent transparaître le pixel et la définition en prend un coup. Le support fait de son mieux mais n’est plus vraiment d’actualité. Cela passe parfois nous voyons ostensiblement les limites du DVD.
Et ce n’est pas qu’il s’agisse d’un mauvais transfert, c’est simplement une histoire de temps.
Pour avoir également regardé le film sur un écran plus modeste, et ancien, l’image tient la route avec des couleurs bien définies, une profondeur correcte et un niveau de détails convenable.

Quel dommage de ne pas avoir eu droit à une image plus nette.

Note : 4 sur 10.

Son :

Français Dolby Digital 5.1

La piste son, quant à elle, tient la route.
Les fréquences sont bien équilibrées, aucune saturation et la spatialisation fait son travail.

Note : 7 sur 10.

Suppléments :

Petite déception, à l’exception du chouette court-métrage Les Algues Maléfiques, que nous avions découverts au FID Marseille, rien de plus à se mettre sous la dent.
Aucun entretien. Pourtant Perejatko aurait tant à dire sur le film, ses influences et la direction artistique prise ces dernières années…

Dommage.

Note : 6 sur 10.

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